—C'est donc à Dieu que tu t'adresses?
—C'est a toi, seigneur.
Hakem réfléchit un instant, et sa pensée tourbillonna de nouveau comme dans l'ivresse du hachich.
—Sauve-les, dit le vieillard; car toi seul es la puissance, toi seul es la vie, toi seul es la volonté!
—Crois-tu donc que je puisse créer du blé ici, sur l'heure? répondit Hakem en proie à une pensée indéfinie.
—Le soleil ne peut luire à travers le nuage, il le dissipe lentement. Le nuage qui te voile en ce moment, c'est le corps où tu as daigné descendre, et qui ne peut agir qu'avec les forces de l'homme. Chaque être subit la loi des choses ordonnées par Dieu, Dieu seul n'obéit qu'à la loi qu'il s'est faite lui-même. Le monde, qu'il a formé par un art cabalistique, se dissoudrait à l'instant, s'il manquait à sa propre volonté.
—Je vois bien, dit le calife avec un effort de raison, que tu n'es qu'un mendiant; tu as reconnu qui je suis sous ce déguisement, mais ta flatterie est grossière. Voici une bourse de sequins; laisse-moi.
—J'ignore quelle est ta condition, seigneur, car je ne vois qu'avec les yeux de l'âme. Quant à de l'or, je suis versé dans l'alchimie et je sais en faire quand j'en ai besoin; je donne cette bourse à ton peuple. Le pain est cher; mais, dans cette bonne ville du Caire, avec de l'or, on a de tout.
—C'est quelque nécromant, se dit Hakem.
Cependant la foule ramassait les pièces semées à terre par le vieillard syrien et se précipitait au four du boulanger le plus voisin. On ne donnait, ce jour-là, qu'une ocque (deux livres) de pain pour chaque sequin d'or.