—Ah! c'est comme cela? dit Hakem. Je comprends! Ce vieillard, qui vient du pays de la sagesse, m'a reconnu et m'a parlé par allégories. Le calife est l'image de Dieu; ainsi que Dieu, je dois punir.
Il se dirigea vers la citadelle, où il trouva le chef du guet, Abou-Arous, qui était dans la confidence de ses déguisements. Il se fit suivre de cet officier et de son bourreau, comme il avait déjà fait en plusieurs circonstances, aimant assez, comme la plupart des princes orientaux, cette sorte de justice expéditive; puis il les ramena vers la maison du boulanger qui avait vendu le pain au poids de l'or.
—Voici un voleur, dit-il au chef du guet.
—Il faut donc, dit celui-ci, lui clouer l'oreille au volet de sa boutique?
—Oui, dit le calife, après avoir coupé la tête toutefois.
Le peuple, qui ne s'attendait pas à pareille fête, fit cercle avec joie dans la rue, tandis que le boulanger protestait en vain de son innocence. Le calife, enveloppé dans un abbah noir qu'il avait pris à la citadelle, semblait remplir les fonctions d'un simple cadi.
Le boulanger était à genoux et tendait le cou en recommandant son âme aux anges Monkir et Nekir. A cet instant, un jeune homme fendit la foule et s'élança vers Hakem en lui montrant un anneau d'argent constellé. C'était Yousouf le sabéen.
—Accordez-moi, s'écria-t-il, la grâce de cet homme. Hakem se rappela sa promesse et reconnut son ami des bords du Nil. Il fit un signe; le bourreau s'éloigna du boulanger, qui se releva joyeusement. Hakem, entendant les murmures du peuple désappointé, dit quelques mots à l'oreille du chef du guet, qui s'écria à haute voix:
—Le glaive est suspendu jusqu'à demain à pareille heure. Alors, il faudra que chaque boulanger fournisse le pain à raison de dix ocques pour un sequin.
—Je comprenais bien l'autre jour, dit le sabéen à Hakem, que vous étiez un homme de justice, en voyant votre colère contre les boissons défendues; aussi cette bague me donne un droit dont j'userai de temps en temps.