—Puisque vous l'exigez, maître, vous êtes libre: j'accepte votre congé....
—A partir du coucher du soleil, objecta l'artiste. Il me reste à payer les ouvriers, et je vous prie, seigneur, d'ordonner à votre intendant Azarias de faire porter au comptoir établi au pied de la colonne de Jakin l'argent nécessaire. Je solderai comme à l'ordinaire, sans annoncer mon départ, afin d'éviter le tumulte des adieux.
—Sadoc, transmettez cet ordre à votre fils Azarias. Un mot encore: qu'est-ce que trois compagnons nommés Phanor, Amrou et Méthousaël?
—Trois pauvres ambitieux honnêtes, mais sans talent. Ils aspiraient au titre de maître, et m'ont pressé de leur livrer le mot de passe, afin d'avoir droit à un salaire plus fort. A la lin, ils ont entendu raison, et tout récemment j'ai eu à me louer de leur bon cœur.
—Maître, il est écrit: «Crains le serpent blessé qui se replie. » Connaissez mieux les hommes: ceux-là sont vos ennemis; ce sont eux qui ont, par leurs artifices, causé les accidents qui ont risqué de faire échouer le coulage de la mer d'airain.
—Et comment savez-vous, seigneur ...?
—Croyant tout perdu, confiant dans votre prudence, j'ai cherché les causes occultes de la catastrophe, et, comme j'errais parmi les groupes, ces trois hommes, se croyant seuls, ont parlé.
—Leur crime a fait périr beaucoup de monde. Un tel exemple serait dangereux; c'est à vous qu'il appartient de statuer sur leur sort. Cet accident me coûte la vie d'un enfant que j'aimais, d'un artiste habile: Benoni, depuis lors, n'a pas reparu. Enfin, seigneur, la justice est le privilège des rois.
—Elle sera faite à chacun. Vivez heureux, maître Adoniram, Soliman ne vous oubliera pas.