Adoniram, pensif, semblait indécis et combattu. Tout à coup, cédant à un moment d'émotion:
—Quoi qu'il advienne, seigneur, soyez à jamais assuré de mon respect, de mes pieux souvenirs, de la droiture de mon cœur. Et, si le soupçon venait à votre esprit, dites-vous: «Comme la plupart des humains, Adoniram ne s'appartenait pas; il fallait qu'il accomplît ses destinées! »
—Adieu, maître.... Accomplissez vos destinées!
Ce disant, le roi lui tendit une main sur laquelle l'artiste s'inclina avec humilité; mais il n'y posa point ses lèvres, et Soliman tressaillit.
-Eh bien, murmura Sadoc en voyant Adoniram s'éloigner; eh bien, qu'ordonnez-vous, seigneur?
—Le silence le plus profond, mon père; je ne me fie désormais qu'à moi seul. Sachez-le bien, je suis le roi. Obéir sous peine de disgrâce et se taire sous peine de la vie, voilà votre lot.... Allons, vieillard, ne tremble pas: le souverain qui te livre ses secrets pour t'instruire est un ami. Fais appeler ces trois ouvriers enfermés dans le temple; je veux les questionner encore.
Amrou et Phanor comparurent avec Méthousaël: derrière eux se rangèrent les sinistres muets, le sabre à la main.
—J'ai pesé vos paroles, dit Soliman d'un ton sévère, et j'ai vu Adoniram, mon serviteur. Est-ce l'équité, est-ce l'envie qui vous anime contre lui? Comment de simples compagnons osent-ils juger leur maître? Si vous étiez des hommes notables et des chefs parmi vos frères, votre témoignage serait moins suspect.... Mais non: avides, ambitieux du titre de maître, vous n'avez pu l'obtenir, et le ressentiment aigrit vos cœurs.
—Seigneur, dit Méthousaël en se prosternant, vous voulez nous éprouver. Mais, dût-il m'en coûter la vie, je soutiendrai qu'Adoniram est un traître; en conspirant sa perte, j'ai voulu sauver Jérusalem de la tyrannie d'un perfide qui prétendait asservir mon pays à des hordes étrangères. Ma franchise imprudente est la plus sûre garantie de ma fidélité.