—Il ne me sied point d'ajouter foi à des hommes méprisables, aux esclaves de mes serviteurs. La mort a créé des vacances dans le corps des maîtrises: Adoniram demande à se reposer, et je tiens, comme lui, à trouver parmi les chefs des gens dignes de ma confiance. Ce soir, après la paye, sollicitez près de lui l'initiation des maîtres; il sera seul.... Sachez faire entendre vos raisons. Par là, je connaîtrai que vous êtes laborieux, éminents dans votre art et bien placés dans l'estime de vos frères. Adoniram est éclairé: ses décisions font loi. Dieu l'a-t-il abandonné jusqu'ici? a-t-il signalé sa réprobation par un de ces avertissements sinistres, par un de ces coups terribles dont son bras invisible sait atteindre les coupables? Eh bien, que Jéhovah soit juge entre vous: si la faveur d'Adoniram vous distingue, elle sera pour moi une marque secrète que le ciel se déclare pour vous, et je veillerai sur Adoniram. Sinon, s'il vous dénie le grade de maîtrise, demain vous comparaîtrez avec lui devant moi; j'entendrai l'accusation et la défense entre vous et lui: les anciens du peuple prononceront. Allez, méditez sur mes paroles, et qu'Adonaï vous éclaire.

Soliman se leva de son siège, et, s'appuyant sur l'épaule du grand prêtre impassible, il s'éloigna lentement.

Les trois hommes se rapprochèrent vivement dans une pensée commune.

—Il faut lui arracher le mot de passe! dit Phanor.

—Ou qu'il meure! ajouta le Phénicien Amrou.

—Qu'il nous livre le mot de passe des maîtres et qu'il meure! s'écria Méthousaël.

Leurs mains s'unirent pour un triple serment. Près de franchir le seuil, Soliman, se détournant, les observa de loin, respira avec force, et dit à Sadoc:

—Maintenant, tout au plaisir!... Allons trouver la reine.


XI—LE SOUPER DU ROI