—Eh bien, poursuivit-elle, j'obéis, je cède, je suis à vous!...

Elle s'agenouilla et toucha la main glacée de Soliman, qui exhala un profond soupir.

—Il entend encore,... murmura-t-elle. Écoute, roi d'Israël, toi qui imposes au gré de ta puissance l'amour avec la servitude et la trahison, écoute! J'échappe à ton pouvoir. Mais, si la femme t'abusa, la reine ne t'aura point trompé. J'aime, et ce n'est pas toi; les destins ne l'ont point permis. Issue d'une lignée supérieure à la tienne, j'ai dû, pour obéir aux génies qui me protègent, choisir un époux de mon sang. Ta puissance expire devant la leur; oublie-moi. Qu'Adonaï te choisisse une compagne. Il est grand et généreux: ne t'a-t-il pas donné la sagesse et bien payé de tes services en cette occasion? Je t'abandonne à lui et te retire l'inutile appui des génies que tu dédaignes et que tu n'as pas su commander....

Et Balkis, s'emparant du doigt où elle voyait briller le talisman de l'anneau qu'elle avait donné à Soliman, se disposa à le reprendre; mais la main du roi, qui respirait péniblement, se contractant par un sublime effort, se referma crispée, et Balkis s'efforça inutilement de la rouvrir.

Elle allait parler de nouveau, lorsque la tête de Soliman-Ben-Daoud se renversa en arrière, les muscles de son cou se détendirent, sa bouche s'entr'ouvrit, ses yeux à demi clos se ternirent; son âme s'était envolée dans le pays des rêves.

Tout dormait dans le palais de Mello, hormis les serviteurs de la reine de Saba, qui avaient assoupi leurs hôtes. Au loin grondait la foudre; le ciel noir était sillonné d'éclairs; les vents déchaînés dispersaient la pluie sur les montagnes.

Un coursier d'Arabie, noir comme la tombe, attendait la princesse, qui donna le signal de la retraite, et bientôt le cortége, tournant le long des ravines autour delà colline de Sion, descendit dans la vallée de Josaphat. On traversa à gué le Cédron, qui déjà s'enflait des eaux pluviales pour protéger cette fuite; et, laissant à droite le Thabor couronné d'éclairs, on parvint à l'angle du jardin des Oliviers et du chemin montueux de Béthanie.

—Suivons cette route, dit la reine à ses gardes; nos chevaux sont agiles; à cette heure, les tentes sont repliées, et nos gens s'acheminent déjà vers le Jourdain. Nous les retrouverons à la deuxième heure du jour au delà du lac Salé, d'où nous gagnerons les défilés des monts d'Arabie.

Et, lâchant la bride à sa monture, elle sourit à la tempête en songeant qu'elle en partageait les disgrâces avec son cher Adoniram, sans doute errant sur la route de Tyr.

Au moment où ils s'engageaient dans le sentier de Béthanie, le sillage des éclairs démasqua nu groupe d'hommes qui le traversaient en silence, et qui s'arrêtèrent stupéfaits au bruit de ce cortège de spectres chevauchant dans les ténèbres.