Balkis et sa suite passèrent devant eux, et l'un des gardes, s'étant avancé pour les reconnaître, dit à voix basse à la reine:

—Ce sont trois hommes qui emportent un mort enveloppe d'un linceul.


[1] En Orient, encore aujourd'hui, les juives mariées sont obligées de substituer des plumes à leurs cheveux, qui doivent rester coupés à la hauteur des oreilles et cachés sous leur coiffure.


XII—MACBÉNACH

Pendant la pause qui suivit ce récit, les auditeurs étaient agités par des idées contraires. Quelques-uns refusaient d'admettre la tradition suivie par le narrateur. Ils prétendaient que la reine de Saba avait eu réellement un fils de Soliman et non d'un autre. L'Abyssinien surtout se croyait outragé dans ses convictions religieuses par la supposition que ses souverains ne fussent que les descendants d'un ouvrier.

—Tu as menti, criait-il au rapsode. Le premier de nos rois d'Abyssinie s'appelait Ménilek, et il était bien véritablement fils de Soliman et de Belkis-Makéda. Son descendant règne encore sur nous à Gondar.

—Frère, dit un Persan, laisse-nous écouter jusqu'à la fin, sinon tu te feras jeter dehors comme cela est arrivé déjà l'autre nuit. Cette légende est orthodoxe à notre point de vue et, si ton petit prêtre Jean d'Abyssinie[1] tient à descendre de Soliman, nous lui accorderons que c'est par quelque noire Éthiopienne, et non par la reine Balkis, qui appartenait à notre couleur.