Adoniram était gisant sur le pavé, et son corps couvrait trois dalles. A ses pieds s'étaient réunis les meurtriers, se tenant par la main.
—Cet homme était grand, murmura Phanor.
—Il n'occupera pas dans la tombe un plus vaste espace que toi, dit Amrou.
—Que son sang retombe sur Soliman-Ben-Daoud!
—Gémissons sur nous-mêmes, répliqua Méthousaël; nous possédons le secret du roi. Anéantissons la preuve du meurtre; la pluie tombe; la nuit est sans clarté; Éblis nous protège. Entraînons ces restes loin de la ville, et confions-les à la terre.
Ils enveloppèrent donc le corps dans un long tablier de peau blanche, et, le soulevant dans leurs bras, ils descendirent sans bruit au bord du Cédron, se dirigeant vers un tertre solitaire situé au delà du chemin de Béthanie. Comme ils y arrivaient, troublés et le frisson dans le cœur, ils se virent tout à coup en présence d'une escorte de cavaliers. Le crime est craintif, ils s'arrêtèrent; les gens qui fuient sont timides ... et c'est alors que la reine de Saba passa en silence devant des assassins épouvantés qui traînaient les restes de son époux Adoniram.
Ceux-ci allèrent plus loin et creusèrent un trou dans la terre qui recouvrit le corps de l'artiste. Après quoi, Méthousaël, arrachant une jeune tige d'acacia, la planta dans le sol fraîchement labouré sous lequel reposait la victime.
Pendant ce temps-là, Balkis fuyait à travers les vallées; la foudre déchirait les cieux, et Soliman dormait.
Sa plaie était plus cruelle, car il devait se réveiller.
Le soleil avait accompli le tour du monde, lorsque l'effet léthargique du philtre qu'il avait bu se dissipa. Tourmenté par des songes pénibles, il se débattait contre des visions, et ce fut par une secousse violente qu'il rentra dans le domaine de la vie.