Il se soulève et s'étonne; ses yeux errants semblent à la recherche de la raison de leur maître; enfin il se souvient....
La coupe vide est devant lui; les derniers mots de la reine se retracent à sa pensée: il ne la voit plus et se trouble; un rayon de soleil qui voltige ironiquement sur son front le fait tressaillir; il devine tout et jette un cri de fureur.
C'est en vain qu'il s'informe: personne ne l'a vue sortir, et sa suite a disparu dans la plaine; on n'a retrouvé que les traces de son camp.
—Voilà donc, s'écrie Soliman en jetant sur le grand prêtre Sadoc un regard irrité, voilà le secours que ton Dieu prête à ses serviteurs! Est-ce là ce qu'il m'avait promis? Il me livre comme un jouet aux esprits de l'abîme, et toi, ministre imbécile, qui règnes sous son nom par mon impuissance, tu m'as abandonné, sans rien prévoir, sans rien empêcher! Qui me donnera des légions ailées pour atteindre cette reine perfide? Génies de la terre et du feu, dominations rebelles, esprits de l'air, m'obéirez-vous?
—Ne blasphémez pas, s'écria Sadoc: Jéhovah seul est grand, et c'est un Dieu jaloux.
Au milieu de ce désordre, le prophète Ahias de Silo apparaît sombre, terrible et enflammé du feu divin; Ahias, pauvre et redouté, qui n'est rien que par l'esprit. C'est à Soliman qu'il s'adresse:
—Dieu a marqué d'un signe le front de Caïn le meurtrier, et il a prononcé: «Quiconque attentera à la vie de Caïn sera puni sept fois!» Et Lamech, issu de Caïn, ayant versé le sang, il a été écrit: «On vengera la mort de Lamech septante fois sept fois.» Or, écoute, ô roi, ce que le Seigneur m'ordonne de te dire: «Celui qui a répandu le sang de Caïn et de Lamech sera châtié sept cents fois sept fois. »
Soliman baissa la tête; il se souvint d'Adoniram, et sut par là que ses ordres avaient été exécutés, et le remords lui arracha ce cri:
—Malheureux! qu'ont-ils fait? Je ne leur avais pas dit de le tuer.
Abandonné de son Dieu, à la merci des génies, dédaigné, trahi par la princesse des Sabéens, Soliman, désespéré, abaissait sa paupière sur sa main désarmée, où brillait encore l'anneau qu'il avait reçu de Balkis. Ce talisman lui rendit une lueur d'espoir. Demeuré seul, il en tourna le chaton vers le soleil, et vit accourir à lui tous les oiseaux de l'air, hormis Hud-Hud, la huppe magique. Il l'appela trois fois, la força d'obéir, et lui commanda de le conduire auprès de la reine. La huppe à l'instant reprit son vol, et Soliman, qui tendait son bras vers elle, se sentit soulevé de terre et emporté dans les airs. La frayeur le saisit, il détourna sa main et reprit pied sur le sol. Quant à la huppe, elle traversa le vallon et alla se poser au sommet d'un tertre sur la tige frêle d'un acacia que Soliman ne put la forcer à quitter.