Aussitôt après la mort, le défunt est dépouillé des habits qu'il portait et recouvert d'autres habits; puis on le place sur son lit ou son matelas, et on étend sur lui un drap de lit. Les femmes continuent leurs lamentations, et beaucoup de voisins, entendant ce vacarme, viennent se joindre à elles.
En général, la famille envoie chercher deux ou plusieurs neddabihs (pleureuses publiques). Chacune apporte un tambourin qui n'a point les plaques de métal résonnant dont sont pourvus les cerceaux des tambourins ordinaires. Ces femmes frappent sur cet instrument en s'écriant: Hélas pour lui! et en louant le turban du défunt, la beauté de sa personne, etc., tandis que les femmes de la famille, les servantes et les amies du défunt, les cheveux épars et quelquefois les habits déchirés, crient aussi: Hélas pour lui! en se frappant le visage. Ces lamentations durent au moins une heure.
Bientôt arrive le muggassil (laveur des morts) avec un banc, sur lequel il place le cadavre, et une bière. Si la personne morte est d'un rang respectable, les fakirs qui doivent faire partie du convoi funèbre sont alors introduits dans la maison mortuaire. Durant la cérémonie du lavement du corps, ceux-ci sont placés dans une pièce voisine, ou bien en dehors, à la porte de l'appartement; quelques-uns d'entre eux récitent, ou plutôt psalmodient le sourat El-Anam (sixième chapitre du Coran), tandis que d'autres psalmodient une partie du Burdeh, célèbre poëme à la louange du prophète. Le laveur ôte les habits du défunt, qui sont pour lui un revenant bon; il lui attache la mâchoire et lui ferme les yeux. L'ablution ordinaire qui prépare à la prière ayant été faite sur le cadavre, à l'exception de la bouche et du nez, le mort est bien lavé de la tête aux pieds avec de l'eau chaude et du savon, et avec des fibres de palmier, ou encore avec de l'eau dans laquelle on a fait bouillir des feuilles d'alizier[1]. Les narines, les oreilles, etc., sont bourrées de coton, et le corps est aspergé d'un mélange d'eau, de camphre pilé, de feuilles d'alizier séchées et également pilées, et d'eau de rose. Les chevilles sont attachées ensemble et les mains placées sur la poitrine.
Le kifen[2], vêtement de tombeau du pauvre, se compose d'un ou deux morceaux de coton tout simplement disposés en forme de sac; mais le corps d'un homme opulent est ordinairement enveloppé, d'abord dans de la mousseline, ensuite dans un drap de coton plus épais, puis dans une pièce d'étoffe de soie et coton rayée, et enfin dans un châle de cachemire. Les couleurs choisies de préférence pour ces objets sont le blanc et le vert, quoiqu'on puisse faire usage de toute autre couleur, excepté du bleu ou de tout ce qui approche de cette couleur. Lorsque le corps a été ainsi préparé pour l'inhumation, on le place dans la bière, qui est ordinairement recouverte d'un châle de cachemire rouge ou d'une autre couleur. Les personnes devant former le convoi funèbre se placent alors dans l'ordre usité, et qui pour les convois ordinaires est le suivant:
D'abord six pauvres ou davantage; ces hommes, appelés yiméniyeh, sont ordinairement choisis parmi les aveugles; ils marchent deux par deux ou trois par trois, à pas lents, en psalmodiant d'un ton lugubre la profession de foi: «Il n'y a d'autre Dieu que Dieu; Mahomet est son apôtre.»
Ces pauvres sont suivis de parents et d'amis du défunt, et, en bien des occasions, plusieurs derviches ou autres religieux, portant les bannières de leur ordre, se joignent au cortége; ensuite viennent trois ou quatre écoliers, dont l'un porte un mushaf (ou copie du Coran), ou bien un des volumes contenant une des trente sections du Coran. Ce livre est placé sur une espèce de pupitre fait de baguettes de palmier, et qui est ordinairement recouvert d'un mouchoir brodé. Ces garçons chantent, d'une voix plus haute et plus animée que celle des yiméniyeh, quelques stances d'un poëme nommé Hauhrigeh, et qui décrit les événements du dernier jour du jugement.
Voici une traduction du commencement de ce poëme: «Je célèbre la perfection de Celui qui a créé tout ce qui a une forme, et a subjugué ses serviteurs par la mort.—Ils seront tous couchés dans le tombeau.—Je célèbre la perfection du Seigneur de l'Orient.—Je célèbre la perfection de l'illuminateur des deux lumières, le soleil ainsi que la lune.—Sa perfection: combien il est généreux!—Sa perfection: combien il est clément!—Sa perfection: combien il est grand!—Quand un serviteur se révolte contre lui, il le protège! »
Les jeunes écoliers précèdent immédiatement le cercueil, que l'on porte la tête en avant; il est d'usage que trois ou quatre amis du défunt le portent quelque temps: d'autres les relèvent successivement. Souvent des passants participent à ce service, qui est considéré comme grandement méritoire.
Les femmes suivent le cercueil au nombre quelquefois d'une vingtaine; leurs cheveux épars sont ordinairement cachés par leurs voiles.