—Voici, dit le vieillard, un échantillon parfait des quatre nations féminines qui composent la population byzantine.

Nous saluâmes ces belles personnes, qui nous répondirent par un salut à la turque. La Circassienne se leva, frappa des mains, et une porte s'ouvrit. Je vis au delà une autre salle où des joueurs, en costumes variés, entouraient une table verte.

—C'est ici tout simplement le Frascati de Péra, me dit mon compagnon. Nous pourrons jouer quelques parties en attendant le souper.

—Je préfère cette salle, lui dis-je, peu curieux de me mêler à cette foule—émaillée de plusieurs costumes grecs.

Cependant, deux petites filles étaient entrées, tenant, l'une un compotier de cristal posé sur un plateau, l'autre une carafe d'eau et des verres; elle tenait aussi une serviette bordée de soie lamée d'argent. La Circassienne, qui paraissait jouer le rôle de khanoun ou maîtresse, s'avança vers nous, prit une cuiller de vermeil qu'elle trempa dans des confitures de roses, et me présenta la cuiller devant la bouche avec un sourire des plus gracieux. Je savais qu'en pareil cas il fallait avaler la cuillerée, puis la faire passer au moyen d'un verre d'eau; ensuite, la petite fille me présenta la serviette pour m'essuyer la bouche. Tout cela se passait selon l'étiquette des meilleures maisons turques.

—Il me semble, dis-je, voir un tableau des Mille et une Nuits et faire en ce moment le rêve du dormeur éveillé. J'appellerais volontiers ces belles personnes: Charme-des-cœurs, Tourmente, Œil-du-jour, et Fleur-de-jasmin....

Le vieillard allait me dire leurs noms, lorsque nous entendîmes un bruit violent à la porte, accompagné du son métallique de crosses de fusil. Un grand tumulte eut lieu dans la salle de jeu, et plusieurs des assistants paraissaient fuir ou se cacher.

—Serions-nous chez des sultanes? dis-je en me rappelant le récit que m'avait fait le vieillard[1], et va-t-on nous jeter à la mer?

Son air impassible me rassura quelque peu. —Écoutons, dit-il.