—Savez-vous, m'a-t-il dit, que vos aventures m'amusent infiniment?
—Quelles aventures?
—Mais celles que vous racontez si agréablement à votre ami ***, et que vous mettez ici à la poste pour Paris.
—Ah! vous lisez cela?
—Oh! ne vous en inquiétez pas; rien dans votre correspondance n'est de nature à vous compromettre. Et même le gouvernement fait grand cas de ceux des étrangers qui, loin de fomenter des intrigues, profitent avec ardeur des plaisirs de la bonne ville de Vienne.
Je fus loin de m'étonner de cette confidence; je savais parfaitement que toutes les lettres passaient par un cabinet noir, non pas seulement en Autriche, mais dans la plupart des pays allemands. Je tournai le tout en plaisanterie;—si bien que je suis arrivé fort loin dans la confiance du baron de S***, qui me fournira lui-même bien des sujets d'observation. Ne sommes-nous pas aussi, nous autres écrivains, les membres d'une sorte de police morale?...
Il finit par m'engager à venir, quand je le voudrais, lire les journaux de l'opposition à la police, ... attendu que c'était l'endroit le plus libre de l'empire.... On pouvait y causer de tout sans danger.
14 janvier.—Hier, le baron de S*** m'a fait mander chez lui, et m'a dit: «Amusez-vous donc à lire cette lettre.» Mon étonnement fut très-grand en reconnaissant qu'elle s'adressait à mon oncle du Périgord, et qu'elle était la copie d'une lettre de mon cousin Henri, le diplomate, qui a quitté Vienne depuis quelques jours.
Voici l'écrit:
«Mon cher oncle,