Toujours prudent, en voyage, j'ai fini par me faire servir à part, et à la carte. L'hôtelier m'a dit:

—Vous avez raison.

Et lui-même avait aussi ses raisons!

Pardon, mon cher Dumas!—je vous écris un peu à la manière allemande, mais je ne puis faire autrement. Dès que je prends pied de l'autre côté du Rhin, je fredonne aussitôt le tirily joyeux que chantait Henri Heine en voyant l'Italie,—et j'oublie un peu le français, bien que je ne sache pas beaucoup l'allemand.

J'ai appris cette langue, comme on étudie une langue savante, —en commençant par les racines, par le haut allemand et le vieux dialecte souabe. De sorte que je ressemble ici à ces professeurs de chinois ou de thibétain que l'on a la malice de mettre en rapport avec des naturels de ce pays.... Peut-être pourrais-je prouver à tel Allemand que je sais sa langue mieux que lui; mais rien ne me serait plus difficile que de le lui démontrer dans sa langue.

J'ai donc demandé à l'hôte, avec beaucoup de peine, quels étaient les spectacles de Wiesbaden, autres que le concert de l'enfant de dix ans.

—Vous avez encore, me dit-il, les singes (die Affen).

—Mais que joue-t-on au théâtre Grand-Ducal?

—Au Grand-Théâtre, vous avez l'exposition de l'industrie du duché de Nassau....

Imaginez, mon cher Dumas, la déception d'un voyageur qui cherche à tout prix une pièce à analyser, des acteurs à critiquer, et qui se voit réduit à juger une exposition de l'industrie.