Les trois grands personnages se trouvaient alors au péristyle extérieur du temple,—situé sur un plateau élevé et quadrangulaire,— d'où l'on découvrait de vastes campagnes inégales et montueuses. Une foule épaisse couvrait au loin les campagnes et les abords de la ville bâtie par Daoub (David). Pour contempler la reine de Saba de près ou de loin, le peuple entier avait envahi les abords du palais et du temple; les maçons avaient quitté les carrières de Gelboé, les charpentiers avaient déserté les chantiers lointains, les mineurs avaient remonté à la surface du sol. Le cri de la renommée, en passant sur les contrées voisines, avait mis en mouvement ces populations ouvrières et les avait acheminées vers le centre de leurs travaux. Ils étaient donc là, pêle-mêle, femmes, enfants, soldats, marchands, ouvriers, esclaves et citoyens paisibles de Jérusalem; plaines et vallons suffisaient à peine à contenir cette immense cohue, et, à plus d'un mille de distance, l'œil de la reine se posait, étonné, sur une mosaïque de têtes humaines qui s'échelonnaient en amphithéâtre jusqu'au sommet de l'horizon. Quelques nuages, interceptant çà et là le soleil qui inondait cette scène, projetaient sur cette mer vivante quelques plaques d'ombre.

—Vos peuples, dit la reine Balkis, sont plus nombreux que les grains de sable de la mer....

—Il y a des gens de tous pays, accourus pour vous voir; et, ce qui m'étonne, c'est que le monde entier n'assiège pas Jérusalem en ce jour! Grâce à vous, les campagnes sont désertes; la ville est abandonnée, et jusqu'aux infatigables ouvriers de maître Adoniram....

—Vraiment! interrompit la princesse de Saba, qui cherchait dans son esprit un moyen de faire honneur à l'artiste: des ouvriers comme ceux d'Adoniram seraient ailleurs des maîtres. Ce sont les soldats de ce chef d'une milice artistique.... Maître Adoniram, nous désirons passer en revue vos ouvriers, les féliciter, et vous complimenter en leur présence.

Le sage Soliman, à ces mots, élève ses deux bras au-dessus de sa tête avec stupeur.

—Comment, s'écrie-t-il, rassembler les ouvriers du temple, dispersés dans la fête, errant sur les collines et confondus dans la foule? Ils sont fort nombreux, et l'on s'ingénierait en vain à grouper en quelques heures tant d'hommes de tous les pays et qui parlent diverses langues, depuis l'idiome sanscrit de l'Himalaya, jusqu'aux jargons obscurs et gutturaux de la sauvage Libye.

—Qu'à cela ne tienne, seigneur, dit avec simplicité Adoniram; la reine ne saurait demander rien d'impossible, et quelques minutes suffiront.

A ces mots, Adoniram, s'adossant au portique extérieur et se faisant un piédestal d'un bloc de granit qui se trouvait auprès, se tourne vers cette foule innombrable, sur laquelle il promène ses regards. Il fait un signe, et tous les flots de cette mer pâlissent, car tous ont levé et dirigé vers lui leurs clairs visages.

La foule est attentive et curieuse.... Adoniram lève le bras droit, et, de sa main ouverte, trace dans l'air une ligne horizontale, du milieu de laquelle il fait retomber une perpendiculaire, figurant ainsi deux angles droits en équerre comme les produit un fil à plomb suspendu à une règle, signe sous lequel les Syriens peignent la lettre T, transmise aux Phéniciens par les peuples de l'Inde, qui l'avaient dénommée tha, et enseignée depuis aux Grecs, qui l'appellent tau.