Désignant dans ces anciens idiomes, à raison de l'analogie hiéroglyphique, certains outils de la profession maçonnique, la figure T était un signe de ralliement.
Aussi, à peine Adoniram l'a-t-il tracée dans les airs, qu'un mouvement régulier se manifeste dans la foule du peuple. Cette mer humaine se trouble, s'agite, des flots surgissent en sens divers, comme si une trombe de vent l'avait tout à coup bouleversée. Ce n'est d'abord qu'une confusion générale; chacune court en sens opposé. Bientôt des groupes se dessinent, se grossissent, se séparent; des vides sont ménagés; des légions se disposent carrément; une partie de la multitude est refoulée; des milliers d'hommes, dirigés par des chefs inconnus, se rangent comme une armée qui se partage en trois corps principaux subdivisés en cohortes distinctes, épaisses et profondes.
Alors, et tandis que Soliman cherche à se rendre compte du magique pouvoir de maître Adoniram, alors tout s'ébranle; cent mille hommes, alignés en quelques instants, s'avancent silencieux de trois côtés à la fois. Leurs pas lourds et réguliers font retentir la campagne. Au centre, on reconnaît les maçons et tout ce qui travaille à la pierre: les maîtres en première ligne, puis les compagnons, et derrière eux les apprentis. A leur droite, et suivant la même hiérarchie, ce sont les charpentiers, les menuisiers, les scieurs, les équarrisseurs. A gauche, les fondeurs, les ciseleurs, les forgerons, les mineurs et tous ceux qui s'adonnent à l'industrie des métaux.
Ils sont plus de cent mille artisans, et ils approchent, tels que de hautes vagues qui envahissent un rivage....
Troublé, Soliman recule de deux ou trois pas; il se détourne et ne voit derrière lui que le faible et brillant cortège de ses prêtres et de ses courtisans.
Tranquille et serein, Adoniram est debout près des deux monarques. Il étend le bras; tout s'arrête, et il s'incline humblement devant la reine, en disant:
—Vos ordres sont exécutés.
Peu s'en fallut qu'elle ne se prosternât devant cette puissance occulte et formidable, tant Adoniram lui apparut sublime dans sa force et dans sa simplicité.
Elle se remit cependant, et du geste salua la milice des corporations réunies. Puis, détachant de son cou un magnifique collier de perles où s'attachait un soleil en pierreries encadré d'un triangle d'or, ornement symbolique, elle parut l'offrir aux corps de métiers et s'avança vers Adoniram, qui, penché devant elle, sentit en frémissant ce don précieux tomber sur ses épaules et sa poitrine à demi nue.
A l'instant même, une immense acclamation répondit des profondeurs de la foule à l'acte généreux de la reine de Saba. Tandis que la tête de l'artiste était rapprochée du visage radieux et du sein palpitant de la princesse, elle lui dit à voix basse: