Quoi qu'il en soit, le fils de Daoud prit feu promptement: la reine avait l'habitude qu'il en fût ainsi; il se hâta de le dire, c'était suivre l'exemple de tout le monde; mais il sut l'exprimer avec grâce, l'heure était propice, Balkis en âge d'aimer, et, par la vertu des ténèbres, curieuse et attendrie.

Soudain des torches projettent des rayons rouges sur les buissons, et l'on annonce le souper.

—Fâcheux contre-temps! pensa le roi.

—Diversion salutaire! pensait la reine.

On avait servi le repas dans un pavillon construit dans le goût sémillant et fantasque des peuples de la rive du Gange. La salle octogone était illuminée de cierges de couleur et de lampes où brûlait le naphte mêlé de parfums; la lumière ombrée jaillissait au milieu des gerbes de fleurs. Sur le seuil, Soliman offre la main à son hôtesse, qui avance son petit pied et le retire vivement avec surprise. La salle est couverte d'une nappe d'eau dans laquelle la table, les divans et les cierges se reflètent.

—Qui vous arrête? demande Soliman d'un air étonné.

Balkis veut se montrer supérieure à la crainte; d'un geste charmant, elle relève sa robe et plonge avec fermeté. Mais le pied est refoulé par une surface solide.

—O reine! vous le voyez, dit le sage, le plus prudent se trompe en jugeant sur l'apparence; j'ai voulu vous étonner et j'y ai enfin réussi.... Vous marchez sur un parquet de cristal.

Elle sourit, en faisant un mouvement d'épaules plus gracieux qu'admiratif, et regretta peut-être que l'on n'eût pas su l'étonner autrement.

Pendant le festin, le roi fut galant et empressé; ses courtisans l'entouraient, et il régnait au milieu d'eux avec une si incomparable majesté, que la reine se sentit gagnée par le respect. L'étiquette s'observait rigide et solennelle à la table de Soliman.