[33]: La théologie poétique fut chez les Gentils la même que la théologie civile. Si Varron la distingue de la théologie civile et de la théologie naturelle, c'est que, partageant l'erreur vulgaire qui place dans les fables les mystères d'une philosophie sublime, il l'a crue mêlée de l'une et de l'autre. (Vico).

[34]: Avec l'idée d'un Jupiter, auquel ils attribuèrent bientôt une Providence, naquit le droit, jus, appelé ious par les Latins, et par les anciens Grecs Διαιον, céleste, du mot Διος; les Latins dirent également sub dio, et sub jove pour exprimer sous le ciel. Puis, si l'on en croit Platon dans son Cratyle, on substitua par euphonie Διχαιον. Ainsi toutes les nations païennes ont contemplé le ciel, qu'elles considéraient comme Jupiter, pour en recevoir par les auspices des lois, des avis divins; ce qui prouve que le principe commun des sociétés a été la croyance à une Providence divine. Et pour en commencer l'énumération, Jupiter fut le ciel chez les Chaldéens, en ce sens qu'ils croyaient recevoir de lui la connaissance de l'avenir par l'observation des aspects divers et des mouvemens des étoiles, et on nomma astronomie et astrologie la science des lois qu'observent les astres, et celle de leur langage; la dernière fut prise dans le sens d'astrologie judiciaire, et dans les lois romaines Chaldéen veut dire astrologue.—Chez les Perses, Jupiter fut le ciel, qui faisait connaître aux hommes les choses cachées; ceux qui possédaient cette science s'appelaient Mages, et tenaient dans leurs rites une verge qui répond au bâton augural des Romains. Ils s'en servaient pour tracer des cercles astronomiques, comme depuis les magiciens dans leurs enchantemens. Le ciel était pour les Perses le temple de Jupiter, et leurs rois, imbus de cette opinion, détruisaient les temples construits par les Grecs.—Les Égyptiens confondaient aussi Jupiter et le ciel, sous le rapport de l'influence qu'il avait sur les choses sublunaires et des moyens qu'il donnait de connaître l'avenir; de nos jours encore ils conservent une divination vulgaire.—Même opinion chez les Grecs qui tiraient du ciel des θεορηματα et des μαθηματα, en les contemplant des yeux du corps, et en les observant, c'est-à-dire, en leur obéissant comme aux lois de Jupiter. C'est du mot μαθηματα, que les astrologues sont appelés mathématiciens dans les lois romaines.—Quant à la croyance des Romains, on connaît le vers d'Ennius,

Aspice hoc sublime cadens, quem omnes invocant jovem;

le pronom hoc est pris dans le sens de cœlum. Les Romains disaient aussi templa cœli, pour exprimer la région du ciel désigné par les augures pour prendre les auspices; et par dérivation, templum signifia tout lieu découvert où la vue ne rencontre point d'obstacle (neptunia templa, la mer dans Virgile).—Les anciens Germains, selon Tacite, adoraient leurs Dieux dans des lieux sacrés qu'il appelle lucos et nemora, ce qui indique sans doute des clairières dans l'épaisseur des bois. L'église eut beaucoup de peine à leur faire abandonner cet usage (V. Concilia Stanctense et Bracharense, dans le recueil de Bouchard). On en trouve encore aujourd'hui des traces chez les Lapons et chez les Livoniens.—Les Perses disaient simplement le Sublime pour désigner Dieu. Leurs temples n'étaient que des collines découvertes où l'on montait de deux côtés par d'immenses escaliers; c'est dans la hauteur de ces collines qu'ils faisaient consister leur magnificence. Tous les peuples placent la beauté des temples dans leur élévation prodigieuse. Le point le plus élevé s'appelait, selon Pausanias, αετος l'aigle, l'oiseau des auspices, celui dont le vol est le plus élevé. De là peut être pinnæ templorum, pinnæ murorum, et en dernier lieu, aquilæ pour les créneaux. Les Hébreux adoraient dans le tabernacle le Très-Haut qui est au-dessus des cieux; et partout où le peuple de Dieu étendait ses conquêtes, Moïse ordonnait que l'on brûlât les bois sacrés, sanctuaires de l'idolâtrie.—Chez les chrétiens mêmes, plusieurs nations disent le ciel pour Dieu. Les Français et les Italiens disent fasse le ciel, j'espère dans les secours du ciel; il en est de même en espagnol. Les français disent bleu pour le ciel, dans une espèce de serment par bleu, et dans ce blasphème impie morbleu (c'est-à-dire meure le ciel, en prenant ce mot dans le sens de Dieu.) Nous venons de donner un essai du vocabulaire dont on a parlé dans les axiomes [13] et [22]. (Vico).

[35]: La défense de la divination faite par Dieu à son peuple fut le fondement de la véritable religion. (Vico).

[36]: Voilà pourquoi Homère se trouve le premier de tous les poètes du genre héroïque, le plus sublime de tous, dans l'ordre du mérite comme dans celui du temps. (Vico).

[37]: On continua à appeler dans le droit, nos auteurs, ceux dont nous tenons un droit à une propriété. (Vico).

[38]: Nous rapprocherons de ce passage celui qui y correspond dans la première édition: Grotius prétend que son système peut se passer de l'idée de la Providence. Cependant sans religion les hommes ne seraient pas réunis en nations.... Point de physique sans mathématique; point de morale ni de politique sans métaphysique, c'est-à-dire sans démonstration de Dieu.—Il suppose le premier homme bon, parce qu'il n'était pas mauvais. Il compose le genre humain à sa naissance d'hommes simples et débonnaires, qui auraient été poussés par l'intérêt à la vie sociale; c'est dans le fait l'hypothèse d'Épicure.

Puis vient Selden, qui appuie son système sur le petit nombre de lois que Dieu dicta aux enfans de Noé. Mais Sem fut le seul qui persévéra dans la religion du Dieu d'Adam. Loin de fonder un droit commun à ses descendans et à ceux de Cham et de Japhet, on pourrait dire plutôt qu'il fonda un droit exclusif, qui fit plus tard distinguer les Juifs des Gentils...

Puffendorf, en jetant l'homme dans le monde sans secours de la Providence, hasarde une hypothèse digne d'Épicure, ou plutôt de Hobbes....