Les réponses des hommes de lettres auxquels écrit Vico, donnent une haute idée du public philosophique de l'Italie à cette époque. Les principaux sont Muzio Gaëta, archevêque de Bari; un prédicateur célèbre, Michelangelo, capucin; Nicoló Concina, de l'ordre des Prêcheurs, professeur de philosophie et de droit naturel, à Padoue, qui enseignait plusieurs parties de la doctrine de Vico; Tommaso Marin Alfani, du même ordre, qui assure avoir été comme ressuscité après une longue maladie, par la lecture d'un nouvel ouvrage de Vico; le duc de Laurenzano, auteur d'un ouvrage sur le bon usage des passions humaines; enfin l'abbé Antonio Conti, noble vénitien, auteur d'une tragédie de César, et qui était lié avec Leibnitz et Newton. Vico était aussi en correspondance avec le célèbre Gravina, avec Paolo Doria, philosophe cartésien, et avec ce prodigieux Aulisio, professeur de droit, à Naples, qui savait neuf langues, et qui écrivit sur la médecine, sur l'art militaire et sur l'histoire. D'abord ennemi de Vico, Aulisio se réconcilia avec lui après la lecture du discours De nostri temporis studiorum ratione. Nous n'avons ni les lettres qu'il écrivit à ces trois derniers ni leurs réponses.

Dans le troisième volume des Opuscules, Vico offre une preuve nouvelle que le génie philosophique n'exclut point celui de la poésie. Ainsi sont dérangées sans cesse les classifications rigoureuses des modernes. Quoi de plus subtil, et en même temps de plus poétique que le génie de Platon? Vico présente, par ce double caractère, une analogie remarquable avec l'auteur de la Divine comédie.

Mais, c'est dans sa prose, c'est dans son grand poème philosophique de la Science nouvelle, que Vico rappelle la profondeur et la sublimité de Dante. Dans ses poésies, proprement dites, il a trop souvent sacrifié au goût de son siècle. Trop souvent son génie a été resserré par l'insignifiance des sujets officiels qu'il traitait. Cependant plusieurs de ces pièces se font remarquer par une grande et noble facture. Voyez particulièrement, l'exaltation de Clément XII, le panégyrique de l'électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel; la mort d'Angela Cimini; plusieurs sonnets, pages 7, 9, 190, 195; enfin un épithalame dans lequel il met plusieurs des idées de la Science nouvelle, dans la bouche de Junon.

Nous ne nous arrêterons que sur les poésies où Vico a exprimé un sentiment personnel. La première est une élégie qu'il composa à l'âge de vingt-cinq ans (1693); elle est intitulée Pensées de mélancolie. À travers les concetti ordinaires aux poètes de cette époque, on y démêle un sentiment vrai: «Douces images du bonheur, venez encore aggraver ma peine! Vie pure et tranquille, plaisirs honnêtes et modérés, gloire et trésors acquis par le mérite, paix céleste de l'âme, (et ce qui est plus poignant à mon cœur) amour dont l'amour est le prix, douce réciprocité d'une foi sincère!...» Long-temps après, sans doute de 1720 à 1730, il répond par un sonnet à un ami qui déplorait l'ingratitude de la patrie de Vico. «Ma chère patrie m'a tout refusé!... Je la respecte et la révère. Utile et sans récompense, j'ai trouvé déjà dans cette pensée une noble consolation. Une mère sévère ne caresse point son fils, ne le presse point sur son sein, et n'en est pas moins honorée...» La pièce suivante, la dernière du recueil de ses poésies, présente une idée analogue à celle du dernier morceau qu'il a écrit en prose (Voy. la fin du Discours). C'est une réponse au cardinal Filippo Pirelii, qui avait loué la Science nouvelle dans un sonnet. «Le destin s'est armé contre un misérable, a réuni sur lui seul tous les maux qu'il partage entre les autres hommes, et a abreuvé son corps et ses sens des plus cruels poisons. Mais la Providence ne permet pas que l'âme qui est à elle soit abandonnée à un joug étranger. Elle l'a conduit, par des routes écartées, à découvrir son œuvre admirable du monde social, à pénétrer dans l'abîme de sa sagesse les lois éternelles par lesquelles elle gouverne l'humanité. Et grâce à vos louanges, ô noble poète, déjà fameux, déjà antique de son vivant, il vivra aux âges futurs, l'infortuné Vico!»

Le quatrième volume renferme ce que Vico a écrit en latin. La vigueur et l'originalité avec lesquelles il écrivait en cette langue eût fait la gloire d'un savant ordinaire.

1696. Pro auspicatissimo in Hispaniam reditu Francisci Benavidii S. Stephani comitis atque in regno Neap. Pro rege oratio.—1697. In funere Catharinæ Aragoniæ Segorbiensium ducis oratio.—1702. Pro felici in Neapolitanum solium aditu Philippi V, Hispaniarum novique orbis monarchæ oratio.—1708. De nostri temporis studiorum ratione oratio ad litterarum studiosam juventutem, habita in R. Neap. Academiâ.—1738. In Caroli et Mariæ Amaliæ utriusque Siciliæ regum nuptiis oratio.Oratiuncula pro adsequendâ laureâ in utroque jure.Carolo Borbonio utriusque Siciliæ Regi R. Neap. Academia.Carolo Borbonio utriusque Siciliæ Regi epistola.

1729. Vici vindiciæ sive notæ in acta eruditorum Lipsiensia mensis augusti A. 1727, ubi inter nova literaria unum extat de ejus libro, cui titulus: Principi d'una scienza nuova d'intorno alla commune natura delle nazioni. Cet article, où l'on reproche à Vico d'avoir approprié son système au goût de l'Église romaine, avait été envoyé par un Napolitain. La violence avec laquelle Vico répond à un adversaire obscur, ferait quelquefois sourire, si l'on ne connaissait la position cruelle où se trouvait alors l'auteur. «Lecteur impartial, dit-il en terminant, il est bon que tu saches que j'ai dicté cet opuscule au milieu des douleurs d'une maladie mortelle, et lorsque je courais les chances d'un remède cruel qui, chez les vieillards, détermine souvent l'apoplexie. Il est bon que tu saches que depuis vingt ans j'ai fermé tous les livres, afin de porter plus d'originalité dans mes recherches sur le droit des gens; le seul livre où j'ai voulu lire c'est le sens commun de l'humanité». Ce qui rend cet opuscule précieux, c'est qu'en plusieurs endroits Vico déclare que le sujet propre de la Science nouvelle, c'est la nature commune aux nations, et que son système du droit des gens n'en est que le principal corollaire.

1708. Oratio cujus argumentum, hostem hosti infensiorem infestioremque quam stultum sibi esse neminem. Nul n'a d'ennemi plus cruel et plus acharné que l'insensé ne l'est de lui-même.—1732. De mente heroicâ oratio habita in R. Neap. academiâ. L'héroïsme dont parle Vico est celui d'une grande âme, d'un génie courageux qui ne craint point d'embrasser dans ses études l'universalité des connaissances, et qui veut donner à sa nature le plus haut développement qu'elle comporte. Nulle part il ne s'est plus abandonné à l'enthousiasme qu'inspire la science considérée dans son ensemble et dans son harmonie. Cet ouvrage, qui semble porter l'empreinte d'une composition très rapide, est surtout remarquable par la chaleur et la poésie du style. L'auteur avait cependant soixante-quatre ans.

Ajoutez à cette liste des ouvrages latins de Vico, un grand nombre de belles inscriptions. Voici l'indication des plus considérables: Inscriptions funéraires en l'honneur de D. Joseph Capece et D. Carlo de Sangro, 1707, faites par ordre du comte de Daun, général des armées impériales dans le royaume de Naples.—Autre en l'honneur de l'empereur Joseph, 1711, faite par ordre du vice-roi, Charles Borromée.—Autre en l'honneur de l'impératrice Éléonore, faite par ordre du cardinal Wolfgang de Scratembac, vice-roi.

Nous avons déjà nommé la plupart des auteurs qui ont mentionné Vico (Journal de Trévoux, 1726, septembre; page 1742).—Journal de Leipsig, 1727, août, page 383.—Bibliothèque ancienne et moderne de Leclerc, tome XVIII, partie II, pag. 426.—Damiano Romano.—Duni? Governo civile.—Cesarotti (sur Homère).—Parini (dans ses cours à Milan).—Joseph de Cesare. Pensées de Vico sur.... 18...?—Signorelli.—Romagnosi (de Parme).—L'abbé Talia. Lettres sur la philosophie morale, 1817, Padoue.—Colangelo—(Biblioteca analitica, passim).—Joignez-y Herder, dans ses opuscules, et Wolf dans son Musée des sciences de l'antiquité (tome I, page 555). Ce dernier n'a extrait que la partie de la Science nouvelle relative à Homère.—Aucun Anglais, aucun Écossais, que je sache, n'a fait mention de Vico, si ce n'est l'auteur d'une brochure récemment publiée sur l'état des études en Allemagne et en Italie.—En France, M. Salfi est le premier qui ait appelé l'attention du public sur la Science nouvelle, dans son Éloge de Filangieri, et dans plusieurs numéros de la Revue Encyclopédique, t. II, p. 540; t. VI, p. 364; t. VII, p. 343.—Voy. aussi Mémoires du comte Orloff sur Naples, 1821, t. IV, p. 439, et t. V, p. 7.