Vico n'a point laissé d'école; aucun philosophe italien n'a saisi son esprit dans tout le siècle dernier; mais un assez grand nombre d'écrivains ont développé quelques-unes de ses idées. Nous donnons ici la liste des principaux.
Genovesi (né en 1712, mort en 1769). N'ayant pu me procurer que deux des nombreux ouvrages de ce disciple illustre de Vico (les Institutions et la Diceosina), je donne les titres de tous les livres qu'il a faits, en faveur de ceux qui seraient à même de faire de plus amples recherches.—Leçons d'économie politique et commerciale.—Méditations philosophiques (sur la religion et la morale), 1758.—Institutions de métaphysique à l'usage des commençans.—Lettre académique (sur l'utilité des sciences, contre le paradoxe de J.-J. Rousseau), 1764.—Logique à l'usage des jeunes gens, 1766 (divisée en cinq parties: emendatrice, inventrice, giudicatrice, ragionatrice, ordonatrice. On estime le dernier chapitre, Considérations sur les sciences et les arts).—Traité des sciences métaphysiques, 1764 (divisé en cosmologie, théologie, anthropologie).—Dicéosine, ou science des droits et des devoirs de l'homme, 1767; ouvrage inachevé. C'est surtout dans le troisième volume de la Dicéosine que Genovesi expose des idées analogues à celles de Vico.
Filangieri (né en 1752, mort en 1788). Quoique cet homme célèbre n'ait rien écrit qui se rattache au système de Vico, nous croyons devoir le placer dans cette liste. À l'époque de sa mort prématurée, il méditait deux ouvrages; le premier eût été intitulé: Nouvelle science des sciences; le second: Histoire civile, universelle et perpétuelle. Il n'est resté qu'un fragment très court du premier, et rien du second. J'ai cherché inutilement ce fragment.
Cuoco (mort en 1822). Voyage de Platon en Italie. Ouvrage très superficiel et qui exagère tous les défauts du Voyage d'Anacharsis. Les hypothèses historiques de Vico ont souvent chez Cuoco un air plus paradoxal encore, parce qu'on n'y voit plus les principes dont elles dérivent. Ce sont à-peu-près les mêmes idées sur l'Histoire éternelle, sur l'Histoire romaine en particulier sur les douze tables, sur l'âge et la patrie d'Homère, etc. Au moment où les persécutions égarèrent la raison du malheureux Cuoco, il détruisit un travail fort remarquable, dit-on, sur le système de la Science nouvelle.
L'infortuné Mario Pagano (né en 1750, mort en 1800), est de tous les publicistes celui qui a suivi de plus près les traces de Vico. Mais quel que soit son talent, on peut dire que, dans ses Saggi politici, les idées de Vico ont autant perdu en originalité que gagné en clarté. Il ne fait point marcher de front, comme Vico, l'histoire des religions, des gouvernemens, des lois, des mœurs, de la poésie, etc. Le caractère religieux de la Science nouvelle a disparu. Les explications physiologiques qu'il donne à plusieurs phénomènes sociaux, ôtent au système sa grandeur et sa poésie, sans l'appuyer sur une base plus solide. Néanmoins les Essais politiques sont encore le meilleur commentaire de la Science nouvelle. Voici les points principaux dans lesquels il s'en écarte. 1o Il pense avec raison que la seconde barbarie, celle du moyen âge, n'a pas été aussi semblable à la première que Vico paraît le croire. 2o Il estime davantage la sagesse orientale. 3o Il ne croit pas que tous les hommes après le déluge soient tombés dans un état de brutalité complète. 4o Il explique l'origine des mariages, non par un sentiment religieux, mais par la jalousie. Les plus forts auraient enlevé les plus belles, auraient ainsi formé les premières familles et fondé la première noblesse. 5o Il croit qu'à l'origine de la société, les hommes furent, non pas agriculteurs, comme l'ont cru Vico et Rousseau, mais chasseurs et pasteurs.
Chez tous les écrivains que nous venons d'énumérer, les idées de Vico sont plus ou moins modifiées par l'esprit français du dernier siècle. Un philosophe de nos jours me semble mieux mériter le titre de disciple légitime de Vico. C'est M. Cataldo Jannelli, employé à la bibliothèque royale de Naples, qui a publié, en 1817, un ouvrage intitulé: Essai sur la nature et la nécessité de la science des choses et histoires humaines. Nous n'entreprendrons pas de juger ce livre remarquable. Nous observerons seulement que l'auteur ne semble pas tenir assez de compte de la perfectibilité de l'homme. Il compare trop rigoureusement l'humanité à un individu, et croit qu'elle aura sa vieillesse comme sa jeunesse et sa virilité (page 58).
Il ne nous reste qu'à donner la liste des principaux auteurs français, anglais et allemands qui ont écrit sur la philosophie de l'histoire. Lorsque nous n'étions pas sûr d'indiquer avec exactitude le titre de l'ouvrage, nous avons rapporté seulement le nom de l'auteur.
France. Bossuet. Discours sur l'histoire universelle, 1681.—Voltaire. Philosophie de l'histoire. Essai sur l'esprit et les mœurs des nations, commencé en 1740, imprimé en 1785.—Turgot. Discours sur les avantages que l'établissement du christianisme a procurés au genre humain. Autre sur les progrès de l'esprit humain. Essais sur la géographie politique. Plan d'histoire universelle. Progrès et décadences alternatives des sciences et des arts. Pensées détachées. Ces divers morceaux sont ce que nous avons de plus original et de plus profond sur la philosophie de l'histoire. L'auteur les a écrits à l'âge de vingt-cinq ans, lorsqu'il était au séminaire, de 1750 à 1754. Voy. le second volume des œuvres complètes, 1810.—Condorcet. Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain; écrit en 1793, publié en 1799.—Mme de Staël, passim, et surtout dans son ouvrage sur la Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions politiques.—Walckenaër. Essai sur l'histoire de l'espèce humaine.—Cousin. De la philosophie de l'histoire; très court, mais très éloquent, dans ses Fragmens philosophiques; écrit en 1818, imprimé en 1826.
Angleterre. Ferguson. Essai sur l'histoire de la société civile, 1767; trad.—Millar. Observations sur les distinctions de rang dans la société, 1771.—Kames. Essais sur l'histoire de l'homme, 1773.—Dunbar? Essais sur l'histoire de l'humanité, 1780.—Price... 1787.—Priestley. Discours sur l'histoire; traduits.
Allemagne. Iselin. Histoire du genre humain, 1764.—Herder. Idées philosophiques sur l'histoire de l'humanité, 1772 (traduit par M. Edgard Quinette, 1837).—Kant. Idée de ce que pourrait être une histoire universelle, considérée dans les vues d'un citoyen du monde (traduit par Villiers dans le Conservateur, tome II, an VIII). Autres opuscules du même, sur l'identité de la race humaine, sur le commencement de l'histoire du genre humain, sur la théorie de la pure religion morale, etc. (traduits dans le même volume du Conservateur, ou dans les Archives philosophiques et littéraires, tome VIII).—Lessing. Éducation du genre humain, 1786.—Meiners. Histoire de l'humanité, 1786. Voyez aussi ses autres ouvrages passim.—Carus. Idées pour servir à l'histoire du genre humain.—Ancillon. Essais philosophiques, ou nouveaux mélanges, etc., 1817. Voy. philosophie de l'histoire, dans le premier volume; perfectibilité, dans le second (écrit en français).