62. Le vers iambique est celui qui se rapproche le plus de la prose, et l'iambe est un mètre rapide, comme le dit Horace.
Ces deux axiomes peuvent nous faire conjecturer que le développement des idées et des langues fut correspondant. Les sept axiomes précédens doivent nous convaincre que chez toutes les nations l'on parla d'abord en vers, puis en prose.
63-65. Principes étymologiques.
63. L'âme est portée naturellement à se voir au-dehors et dans la matière; ce n'est qu'avec beaucoup de peine, et par la réflexion, qu'elle en vient à se comprendre elle-même.—Principe universel d'étymologie; nous voyons en effet dans toutes les langues les choses de l'âme et de l'intelligence exprimées par des métaphores qui sont tirées des corps et de leurs propriétés.
64. L'ordre des idées doit suivre l'ordre des choses.
65. Tel est l'ordre que suivent les choses humaines: d'abord les forêts, puis les cabanes, puis, les villages, ensuite les cités, ou réunions de citoyens, enfin les académies, ou réunions de savans.—Autre grand principe étymologique, d'après lequel l'histoire des langues indigènes doit suivre cette série de changemens que subissent les choses. Ainsi dans la langue latine, nous pouvons observer que tous les mots ont des origines sauvages et agrestes: par exemple, lex (legere, cueillir) dut signifier d'abord récolte de glands, d'où l'arbre qui produit les glands fut appelé illex, ilex; de même que aquilex est incontestablement celui qui recueille les eaux. Ensuite lex désigna la récolte des légumes (legumina) qui en dérivent leur nom. Plus tard, lorsqu'on n'avait pas de lettres pour écrire les lois, lex désigna nécessairement la réunion des citoyens, ou l'assemblée publique. La présence du peuple constituait la loi qui rendait les testamens authentiques, calatis comitiis. Enfin l'action de recueillir les lettres, et d'en faire comme un faisceau pour former chaque parole, fut appelée legere, lire.
66-86. Principes de l'histoire idéale.