66. Les hommes sentent d'abord le nécessaire, puis font attention à l'utile, puis cherchent la commodité; plus tard aiment le plaisir, s'abandonnent au luxe, et en viennent enfin à tourmenter leurs richesses.[21]
67. Le caractère des peuples est d'abord cruel, ensuite sévère, puis doux et bienveillant, puis ami de la recherche, enfin dissolu.
68. Dans l'histoire du genre humain, nous voyons s'élever d'abord des caractères grossiers et barbares, comme le Polyphème d'Homère; puis il en vient d'orgueilleux et de magnanimes, tels qu'Achille; ensuite de justes et de vaillans, des Aristides, des Scipions; plus tard nous apparaissent avec de nobles images de vertus, et en même temps avec de grands vices, ceux qui au jugement du vulgaire obtiennent la véritable gloire, les Césars et les Alexandres; plus tard des caractères sombres, d'une méchanceté réfléchie, des Tibères; enfin des furieux qui s'abandonnent en même temps à une dissolution sans pudeur, comme les Caligulas, les Nérons, les Domitiens.
La dureté des premiers fut nécessaire, afin que l'homme, obéissant à l'homme dans l'état de famille, fût préparé à obéir aux lois dans l'état civil qui devait suivre; les seconds incapables de céder à leurs égaux, servirent à établir à la suite de l'état de famille les républiques aristocratiques; les troisièmes à frayer le chemin à la démocratie; les quatrièmes à élever les monarchies; les cinquièmes à les affermir; les sixièmes à les renverser.
69. Les gouvernemens doivent être conformes à la nature de ceux qui sont gouvernés.—D'où il résulte que l'école des princes, c'est la science des mœurs des peuples.
70-82. Commencemens des sociétés.