Une si raisonnable et si juste requeste.
Masinissa.
Ma dame je ne veux point rememorer les oultrages et desplaisirs que Syphax m'a faictz, de long temps, de peur de renouveller mes anciens ennuiz: et vous en donner de nouveaux. Soit ce qui en à esté: ma coustume est de persecuter mes ennemis jusques ad ce que je les aye vaincus: Et puis d'oublier toutes leurs offences. Et quand bien j'aurois deliberé de m'en ressentir, et d'en prendre vengence, si ne sçaurois-je pourtant avec vous, si non user de courtoisie: car il n'est chose plus vile que d'oultrager femmes, et courir sus à ceux qui sont opprimez: et sont sans aide et resistance. Et puis la jeunesse ou vous estes, les bonnes graces, et beauté dont vous estes pleine, voz doulces parolles et prieres, meritent trouver non seullement pitié, mais faveur. Et pour ce ostez toute craincte de vostre entendement, Car vous ne recevrez de moy que tout honneur, Bien me faict il mal que je ne vous puisse prometre ce, dont vous m'avez requis, de ne vous laisser tumber au pouvoir des Romains, Car je me treuve si soubzmis à eux, que je n'ay aucun moyen de le faire. Toutesfois je vous promez de les prier bien fort de vous mettre en liberté: Combien qu'ilz soient de si bonne affaire que vous ne devez esperer d'eux si non bon traictement.
Dames.
Renforcez le prier, tant qu'il soit combatu,
Un arbre au premier coup n'est jamais abbatu.
Sophonisba.
Mon seigneur vostre gracieux langage qui vous montre avoir quelque compassion de moy ressuscite dans mon cueur beaucoup d'esperance, et de la je prendray la hardiesse de parler avec plus de confiance à vous, Combien que j'aye honte et regret à parmoy de ne pouvoir en ceste tribulation parler si non de mes ennuiz: qui peult estre me feront trouver importune. Mais je me reconforte, en pensant que la nature d'un gentil cueur, est de donner volontiers audience et aide aux affligez: Et de se complaire en si bonne euvre, et pource suivant mon premier propoz, je vous supplie Monsieur avoir pitié de moy: et de ne me laisser venir en la servitude d'aucun Romain. Ja ne sçauroit-il tumber en mon entendement que vous ne le puissiez faire. Car qui ausera debatre qu'il ne vous appartienne bien, oultre le principal du buttin, avoir une femme en vostre disposition? Et ne me dictes point, s'il vous plaist, que d'eulx je ne puis avoir traictement que raisonnable: l'inimité que de tous temps ilz ont porté à ma patrie, et particulierement à ceulx dont je suis descendue, me faict inevitablement attendre de leur domination toutes les sortes d'injures, d'outraiges, Et de desplaisirs qui se peuvent imaginer: chose à fuir plus que la mort. Qui me faict de rechef vous demander ceste grace de m'en delivrer, par ces genoulx que j'embrasse, et par ceste victorieuse main, pleine de valleur, et de foy, que je vous baise. Autre refuge ne m'est demeuré en ce monde, si non vous Monsieur, à qui j'ay recours comme au port de ma sauveté. Que si toute voie m'est interdicte, et est force que vive je vienne en la discretion de ces gens la, veuillez m'en aumoins delivrer, en m'e donnant la mort. Je vous demande ceste derniere grace, laquelle vous ne povez dire n'estre en vostre puissance. Pourtant, Monsieur, ne me le refusez point, et adjoustez ceste promesse au louable commancement que vous avez donné à mon esperance.
Dames.
Grande force devroit avoir un beau langage,