[92] Zosime, III, 7.

[93] Stilicon et Aétius.

La diplomatie enfin, cette stratégie des pouvoirs qui ont renoncé à la guerre, mettait dans la main de Rome tous les fils qui faisaient mouvoir les affaires humaines. Par elle, l'Empire maintenait les barbares dans un état de division, leur suscitait des ennemis au moment le plus critique, pénétrait le secret de leurs projets pour les déjouer d'avance, renversait des chefs nationaux qui le gênaient et les remplaçait par des hommes à sa dévotion. L'Empire a beaucoup recouru à ce moyen de gouvernement, et, on l'a déjà vu, ses écrivains considéraient les divisions entre barbares comme une des garanties de la paix romaine[94]. Il ne s'est pas borné à échanger des ambassades avec eux, et à compter, pour le succès, sur la supériorité de ses négociateurs; il a eu à sa disposition tout un peuple d'agents subalternes qui recouraient aux artifices les plus vulgaires, comme ce Bonosus, le plus grand buveur de son temps, qui, le verre en main, tenait tête aux envoyés des barbares, et leur faisait révéler après boire tout ce qu'ils avaient intérêt à cacher[95]. L'assassinat politique faisait partie de cette diplomatie savante, et il ne sort pas la moindre protestation de la bouche de l'historien qui raconte ces flétrissants procédés[96]. Seulement, sur ce terrain-là aussi, les barbares finirent par battre les Romains. L'on verra Honorius devenir la dupe d'Attila, Majorien succomber sans combat sous les intrigues de Genséric, et le Suève Ricimer se maintenir avec une prospérité étonnante à la tête de l'Empire pendant plusieurs règnes consécutifs. Ainsi les diplomates auront passé dans le camp des barbares, suivis par la Fortune qui n'aime pas la vieillesse.

[94] V. ci-dessus, p. 32.

[95] Vopiscus, Bonosus, 14.

[96] Ammien Marcellin, XXVII, 10, 3.

Il est temps de voir comment s'accomplit cette longue et lente substitution du monde germanique au monde romain. L'histoire du peuple franc et de ses luttes de deux siècles avec l'Empire expirant va nous en présenter le tableau dans toute sa vérité dramatique.

III

LES FRANCS EN BELGIQUE

A partir du jour où les noms des Francs et des Alamans viennent de retentir dans l'histoire, l'Empire ne connaîtra plus un instant de repos sur sa frontière septentrionale. De la mer du Nord jusqu'à Mayence, c'est le premier de ces deux peuples qui frappe à coups redoublés à ses portes; de Mayence jusqu'au Danube, c'est l'autre qui ne cesse de tenir les légions en haleine. L'immensité de la ligne de défense, l'impétuosité des attaques, souvent même leur simultanéité, qui permettrait de croire qu'elles étaient concertées, c'en était plus qu'il ne fallait pour convertir en un labeur écrasant la tâche de veiller à la sécurité des frontières romaines sur le Rhin et sur le Danube.