La nouvelle monarchie, qui comprenait avec la Gaule l'Espagne et la Bretagne, dura treize ans (260-273), et l'on peut même s'étonner de cette longévité relative. En somme, la proclamation d'un empire gaulois semblait un attentat à l'unité sacrée du monde romain; c'était presque un schisme religieux, et elle froissait quelque chose dans la conscience des hommes civilisés. Cependant ses débuts furent pleins d'espoirs. Postumus se montra digne de la confiance de la Gaule, qui respirait à l'aise sous son gouvernement. Il la nettoya des bandes franques et alémaniques, il reprit les postes dont les barbares s'étaient emparés, il releva sur la rive droite du Rhin les châteaux et autres ouvrages de défense destinés à protéger le fleuve[100]; il se fit de ses ennemis des alliés, et, comme d'autres empereurs avant lui, il enrôla quantité de Francs dans ses armées. Menacé par Gallien, il s'adjoignit un collègue (nouvel exemple dont Dioclétien devait faire son profit!) et tint tête, non sans succès, au tyran qui le traitait d'usurpateur. Malheureusement il tomba sous les coups d'un assassin, après sept ans d'un règne qui n'avait pas été sans gloire[101].
[100] Trebellius Pollio, Lollianus. Il y a des monnaies de lui à l'Hercule Deusoniensis. (Dom Bouquet, I, 611, note c.)
[101] Trebellius Pollio, Triginta tyranni, 3.
Sa mort rendit le courage aux Francs: ils se jetèrent de nouveau sur la Gaule et brûlèrent une seconde fois les châteaux romains. On dit que Lollianus, successeur de Postumus, parvint à les reprendre et à les rebâtir; cela est douteux, puisqu'il ne régna pas en tout une année, et qu'il tomba, comme son prédécesseur, sous les coups des soldats que sa sévérité rebutait[102]. Victorinus, le troisième empereur gaulois, avait aussi quelque mérite; mais sa passion pour les femmes le fit tuer avec son fils, à Cologne, par un mari outragé[103]. Sa mère, Victorine, à l'ascendant de laquelle il devait la pourpre, et qui, sous le nom de mère des camps, avait gardé une énorme influence sur l'armée, fit alors élever au trône un jeune soldat qui avait travaillé dans une fabrique d'armes: il s'appelait Marius. Ce forgeur, qui avait pour trône son enclume, n'eut que le temps d'adresser la parole à ses soldats. Dans le discours qu'il leur tint après son avènement, faisant allusion à son ancienne profession, il émit l'espoir de faire sentir à tous les barbares que le peuple romain savait manier le fer comme son chef. Trois jours après, Marius n'était plus: un ancien camarade, jaloux de son élévation, l'avait assassiné[104]. Cette fois, Victorine désigna au choix des soldats Tétricus, qui fut le dernier empereur gaulois. C'était le moment où Rome, si longtemps ébranlée, se ressaisissait enfin sous un de ses souverains les plus énergiques, ce même Aurélien qui avait commencé sa carrière par une victoire sur les Francs, et qui venait de rétablir sur tous les points l'unité de l'empire. Tétricus n'osa pas résister au vainqueur de l'Orient: lorsqu'Aurélien pénétra en Gaule, il trahit sa propre cause et sauva sa vie en se rendant sans lutte[105]. Aurélien acheva la pacification de la Gaule en refoulant les Francs qui l'avaient envahie[106], et alla célébrer à Rome un triomphe où des captifs de ce peuple figurèrent à côté des représentants de vingt autres nations[107].
[102] Idem, o. c. 5.
[103] Idem, o. c. 6.
[104] Idem, o. c. 8.
[105] Idem, o. c. 24.
[106] Aurelius Victor, Cæsar., c. 35.
[107] Vopiscus, Aurelianus, c. 33.