[170] Zosime, III, 8.
[171] Les meilleures sources pour l'histoire du gouvernement de Julien en Gaule sont sa Lettre aux Athéniens, où il résume les actes de son gouvernement, et l'ample récit qu'en fait Ammien Marcellin dans ses livres XVI, XVII et XVIII. L'exposé de Zosime, au livre III de sa chronique, est un sommaire beaucoup moins digne de foi, et particulièrement défectueux au point de vue de la chronologie.
Le malheur du monde voulut que l'homme qui brillait d'un si vif éclat au second rang fût élevé subitement au premier. On sait le reste, et comment, à ce sommet des choses humaines, le vertige impérial s'empara d'une tête que les strictes obligations d'un rôle subalterne avaient jusque-là protégée contre elle-même. On voudrait savoir ce que devint la Gaule après son départ, et si les mesures qu'il avait prises suffirent pour lui assurer le repos, au moins pendant les premières années. Mais l'attention de l'histoire se détourne d'elle au moment où Julien la quitte, et ne s'y laisse ramener que par le nouvel empereur Valentinien. Encore l'intérêt des événements qui se passent sur ce théâtre a-t-il singulièrement baissé pour l'historien qui les raconte, depuis qu'il n'y rencontre plus son héros de prédilection. Il déclare passer sous silence quantité de conflits avec les barbares, parce qu'ils n'eurent pas de résultats appréciables, et parce qu'il n'est pas de la dignité de l'histoire de se traîner à travers des détails oiseux[172]. Il est certain toutefois que le départ de Julien avait enhardi les barbares transrhénans au point qu'ils recommencèrent leurs incursions. Valentinien se hâta de ravitailler et de fortifier les villes du Rhin[173]. Mais la preuve éloquente des inquiétudes que les barbares, et en particulier les Francs, inspirèrent pendant ce règne à l'Empire, nous la trouvons dans ce fait que la capitale de l'Occident fut de nouveau transférée, et cette fois de Milan à Trèves, en quelque sorte au seuil de la barbarie. Valentinien y passa presque tout son règne, et ses successeurs également. Cette mesure était imposée par les circonstances. Depuis le milieu du troisième siècle, c'était sur le Rhin, soit à Cologne, soit à Trèves, que se trouvait le centre de la résistance à la barbarie. Les empereurs gaulois l'avaient compris en prenant position à Cologne; les tétrarques de Dioclétien le comprirent aussi, en s'établissant à Trèves. Tous les malheurs de la Gaule étaient dus à l'abandon de ces postes sous le règne de Constance, et il était d'une sage politique de retourner, comme fit Valentinien, à une stratégie qui avait donné de bons résultats.
[172] Amm. Marcell., XXVII, 2, 11. Cf. ce que raconte Zosime, IV, 3. Cela n'empêche pas ce méchant historien de dire plus loin (VI, 3) que depuis Julien jusqu'à Constantin (411), rien ne fut fait sur le Rhin.
[173] Amm. Marcell., XXVII, 8, 5.
Trèves redevint donc, pour un nouveau demi-siècle, la capitale de l'Empire d'Occident. De là, pendant plusieurs rudes années, Valentinien dirigea la lutte contre les Alamans, qui rentrèrent les premiers en campagne, contre les Francs qui reparurent peu de temps après, et contre les Saxons, qui, partie leurs rivaux et partie leurs complices, semblent associés alors à toutes leurs expéditions par terre et par mer[174].
[174] Amm. Marcell., XXVII, 8, 5.
L'empereur, homme énergique et consciencieux, paya vaillamment de sa personne. Nous le voyons un jour enlever leur butin aux Saxons; un autre, courir d'Amiens à Trèves, sans doute pour refouler les Francs[175]. Ce sont les Alamans qui lui donnèrent le plus de souci. En 368, ils s'emparèrent de Mayence, où ils massacrèrent la population réfugiée dans l'église chrétienne[176]. Les Romains se débarrassèrent de leur roi Vithicab par un perfide assassinat[177], de leur roi Macrianus par un traité qui en faisait un allié de l'Empire[178]. Plus tard, de nouveaux soulèvements s'étant produits parmi ces peuples, Gratien alla remporter sur eux la sanglante victoire d'Argentaria (377) après laquelle ils se résignèrent, pour obtenir la paix, à livrer toute leur jeunesse aux recruteurs de l'armée romaine[179].
[175] Id., XXVII, 8, 1.
[176] Id., XXVII, 10, 1.