[305] Francus Germanum primum Belgamque secundum Sternebat... Sidoine Apollinaire, Carm., VII, 372.
[306] Sidoine Apollinaire, Carm., VII, 388 et suiv.
Mérovée doit avoir disparu de la scène peu après ces événements. Dès 457, nous le voyons remplacé par son fils Childéric. Tout fait croire qu'il mourut jeune, comme d'ailleurs presque tous les princes de sa lignée.
IV
CHILDÉRIC
Les ténèbres épaisses qui couvrent le règne de Clodion et celui de Mérovée commencent à se dissiper au moment où nous abordons celui de leur successeur Childéric. L'histoire de ce prince ressemble à ces paysages de montagnes dont certaines parties sont baignées dans l'éclatante lumière du jour, tandis que d'autres disparaissent sous le voile d'un brouillard opaque. La moitié du tableau qui va passer devant nos yeux nous est garantie par le témoignage positif et contemporain des annalistes de la Gaule, reproduit de bonne heure par Grégoire de Tours, et offrant tous les caractères de certitude. L'autre, au contraire, est obscurcie par tant de fictions, qu'il est impossible d'y faire le départ de la légende et de la réalité. Ce sont deux domaines opposés, dont l'un appartient à l'histoire et l'autre à la poésie.
Malheureusement, comme il arrive d'ordinaire, le domaine qui reste à l'histoire est sec et aride, et ne contient que la mention sommaire de quelques faits d'ordre public. Celui de la légende, au contraire, est plein d'animation et de couleur; un intérêt dramatique en vivifie toutes les scènes, et l'éblouissante lumière de la fiction, versée à flots sur ses héros, concentre la curiosité et la sympathie sur leurs traits. Aussi, quoi d'étonnant si le Childéric de l'histoire est demeuré presque un inconnu, alors que celui de la légende, comme un prototype de Henri IV, est resté dans toutes les mémoires. Il peut y avoir de l'inconvénient à vouloir remanier un type arrêté, à ce qu'il paraît, dès le milieu du sixième siècle. Dans les traits qui constituent la physionomie du Childéric légendaire, il s'en trouve peut-être plus d'un qui aura été fourni par l'histoire; les biffer tous indistinctement serait une entreprise téméraire et décevante. D'ailleurs la légende elle-même méritera toujours, dans les récits les plus austères, une place proportionnée à l'intérêt que lui ont donné les siècles. Et lorsqu'elle nous apparaît, comme ici, à peu près contemporaine du héros qu'elle glorifie, n'a-t-elle pas droit à notre attention presque au même titre que l'histoire elle-même? Celle-ci nous fait connaître la réalité, celle-là nous montre l'impression que la réalité a produite en son temps sur l'âme des peuples, et les formes idéales dont l'a revêtue à la longue le travail inconscient de l'imagination nationale.
Le Childéric de la légende prendra donc place, dans notre récit, à côté du Childéric de l'histoire. Nous avons déjà rencontré le premier, dont les aventures extraordinaires commencent dès l'enfance. Tombé avec sa mère, nous dit la tradition[307], au pouvoir des redoutables cavaliers d'Attila, il avait vu de près les horreurs de la captivité et peut-être les apprêts de sa mort. Mais le dévouement d'un fidèle, auquel la tradition donne le nom de Wiomad, sauva les jours de l'enfant menacé. On ne nous dit pas de quelle manière eut lieu l'enlèvement: ce fut sans doute une de ces fuites dramatiques, savamment préparées et réalisées au travers des plus terribles dangers, comme l'histoire et l'épopée de ces époques nous en ont raconté plusieurs[308]. Mais les péripéties nous en sont restées ignorées, et nous sommes hors d'état de dire la part qui revient à l'histoire dans ce premier épisode de la carrière poétique du héros franc.
[307] V. ci-dessus, p. 191.
[308] J'ai reproduit le récit de quelques-unes dans l'Histoire poétique des Mérovingiens, au chapitre intitulé: la Jeunesse de Childéric, pp. 161-178.