[297] Id., l. c.

[298] Id., l. c.

[299] Agecius vero cum suis, etiam Francos secum habens, post tergum direxit Chunorum, quos usque Thoringia a longe prosecutus est. Frédégaire, II, 53.

[300] Wietersheim, Geschichte der Voelkerwanderurg, 2e édition, t. II, p. 258.

La victoire de Mauriac avait été le triomphe du génie militaire sur la force brutale du nombre, et la gloire en doit être laissée au grand général romain. Mais les barbares qui avaient servi sous ses ordres dans cette journée n'entendirent pas qu'elle leur fût disputée: c'était, à les en croire, leur triomphe national à eux; chacun voulait avoir vaincu les Huns à lui seul. Les Visigoths allèrent plus loin: ils mirent en circulation une légende d'après laquelle Aétius, pour s'attribuer les honneurs du triomphe et conserver le champ de bataille, en aurait écarté par la ruse d'une part Attila, de l'autre le roi des Visigoths[301]. Colportée chez les Francs, cette légende y reçut un complément inévitable: le roi de cette nation, dit-on, avait été éloigné[302] grâce au même artifice. C'est ainsi que de toutes parts la vanité barbare s'attachait à diminuer l'auréole que mettait autour de la tête d'Aétius son incomparable triomphe de 451. Elle n'y est point parvenue; l'histoire a oublié les traditions épiques des foules, et elle a retenu les paroles des annalistes. Nous n'avons donc pas à nous en occuper davantage, non plus que des traditions locales sur le passage d'Attila en Gaule, à l'aller et au retour. Elles ne contiennent que des récits fallacieux, et ce n'est pas la peine d'en remplir l'imagination du lecteur, puisqu'il faut, au nom d'une bonne critique, les biffer de l'histoire[303].

[301] Frédégaire, l. c.

[302] Grégoire de Tours, II, 7.

[303] Lire sur la bataille de Mauriac l'excellente étude critique de M. A. de Barthélemy, intitulée: la Campagne d'Attila. Invasion des Huns dans la Gaule en 451 (Revue des questions historiques, t. VIII), et le mémoire de G. Kaufmann, Ueber die Hunnenschlacht des Jahres 451 (Forschungen zur Deutschen Geschichte, t. VIII), ainsi que les chapitres correspondants d'A. Thierry, Histoire d'Attila, et de Wietersheim, Geschichte der Voelkerwanderung.

Quelques années après le grand triomphe qui avait fait de lui le sauveur de l'Empire, Aétius tombait assassiné par un empereur du nom de Valentinien III, qui n'est connu dans l'histoire que par cet exploit. Aétius disparu, il n'y eut plus d'Empire. Pendant qu'au fond de l'Italie des ombres d'empereur se disputaient le trône et se renversaient mutuellement, la Gaule, sans maître, restait en proie au premier envahisseur venu. Les barbares comprirent que leur heure venait de sonner, et de toutes parts, «semblables à des loups affamés qui flairent l'odeur des grasses étables[304]», ils se ruèrent sur les provinces occidentales. Les Saxons, montés dans leurs canots de peaux, reparurent sur les rivages de la mer du Nord; les Chattes ou Francs du Neckar se jetèrent sur la première Germanie, et les Francs Saliens reprirent leurs courses victorieuses à travers la deuxième Belgique[305]. L'œuvre de Clodion, interrompue par l'intervention décisive d'Aétius, était maintenant continuée par son successeur. Jusqu'où Mérovée poussa-t-il ses conquêtes, c'est ce que nous sommes réduits à ignorer. Il est toutefois bien difficile de croire que dès lors une bonne partie de la France septentrionale et de la Belgique méridionale ne soit pas tombée définitivement au pouvoir du peuple franc. On nous dit, il est vrai, que la nomination d'Avitus en qualité de maître des milices de la Gaule mit un terme aux ravages des barbares, que les Alamans firent amende honorable, que les Chattes se laissèrent confiner dans leurs domaines[306]. Mais celui qui parle ainsi, c'est le gendre d'Avitus, et il ne convient pas d'attacher beaucoup d'importance aux assertions d'un panégyriste. Somme toute, la campagne franque de 455 coûta à l'Empire un nouveau lambeau de la Gaule, qui ne devait jamais lui être rendu.

[304] Sidoine Apollinaire, Carm., VII, 363.