Les Burgondes étaient alors partagés en deux royaumes sous l'autorité de deux frères, seuls survivants des quatre fils du roi Gundioch. L'aîné s'appelait Gondebaud et régnait à Vienne; l'autre, Godegisil, avait pour résidence Genève[421]. Un troisième frère, du nom de Godomar, était mort sans postérité; un quatrième, Chilpéric, qui avait été roi de Lyon, avait également disparu de la scène au moment où s'ouvre cette histoire. C'est ce dernier, père de la femme de Clovis, qui doit nous arrêter quelques instants.

[421] Dès 494 nous trouvons Godegisil à Genève: Genovæ ubi Godigisclus germanus regis larem statuerat, dit le Vita Epiphanii d'Ennodius. Dom Bouquet, III, p. 371.

Chilpéric, roi de Lyon, et revêtu par l'Empire du vain et fastueux titre de maître des milices[422], n'a guère laissé de trace dans l'histoire de ces temps obscurs. Il sert de peu d'entendre des rhéteurs proclamer sa puissance et sa bonté[423], mais il est plus intéressant de voir l'ascendant qu'a sur lui sa femme Carétène[424]. Cette chrétienne accomplie, épouse catholique d'un monarque arien[425], donnait sur le trône l'exemple de toutes les vertus[426], et était auprès de son mari la patronne des opprimés[427]. Chilpéric lui permit d'élever selon le rite catholique les deux filles nées de leur alliance: Clotilde et Sædeleuba[428], qui porte aussi le nom de Chrona[429]. Lui-même, à partir de 480, on ne le voit plus participer à aucun acte public, ce qui permet de croire qu'il sera mort vers cette date[430].

[422] Sidoine Apollinaire, Epist., V, 6.

[423] Virum non minus bonitate, quam potestate præstantem. Id., ibid., VII, 7.

[424] Fauriel, I, 318, l'appelle Agrippine, par une distraction pardonnable pour qui connaît le langage prétentieux et tourmenté de sa source, qui est Sidoine Apollinaire, Epist., V, 7, où la femme de Chilpéric est tour à tour la Tanaquil de ce Lucumon, l'Agrippine de ce Germanicus.

[425] Leblant, Inscriptions chétiennes de la Gaule, nº 31, t. I, p. 69.

[426] Sidoine Apollinaire, Epist., VI, 12, et Leblant, l. c.

[427] Sidoine Apollinaire, ibid., v, 7.

[428] Frédégaire, III, 17.