[429] Grégoire de Tours, II, 28.
[430] Binding, p. 114.
La veuve et les enfants de Chilpéric semblent avoir été recueillis par Godegisil à Genève. Du moins c'est là que nous retrouvons les deux princesses au moment du mariage de Clotilde. Sædeleuba prit le voile[431], et on ne sait rien d'elle, sinon qu'elle a fondé l'église Saint-Victor[432] dans un faubourg de la même ville. Quant à Clotilde, dont on célébrait la beauté et les vertus, elle ne quittait pas sa mère, adonnée comme elle aux pratiques pieuses qui ont rempli l'existence de toutes les deux. La mère vécut jusqu'en 506, sanctifiant son veuvage par un redoublement d'austérités et d'œuvres charitables, et ne dédaignant pas, dit le poète qui a fait son épitaphe, de porter le joug du Christ après le diadème royal[433]. Elle eut le bonheur de voir ses petits-enfants grandir dans la foi catholique, ajoute le poète, et ce fut sans contredit la plus grande joie que cette âme sainte éprouva ici-bas.
[431] Grégoire de Tours, l. c. C'est à cette occasion qu'elle aura reçu le nom de Chrona; le texte de Grégoire l'insinue d'ailleurs: Quarum senior mutata veste Chrona... vocabatur.
[432] Frédégaire, IV, 22; Jahn, II, p. 163, conteste que Sædeleuba ait pu bâtir cette église à Genève, où elle était une pauvre exilée, mais il fournit par là une preuve de plus que cet exil n'est qu'une légende.
[433] Leblant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, nº 31, pp. 68-71.
Les relations avaient toujours été bonnes entre les membres de la famille royale de Burgondie. Des légendes franques, inspirées par l'antipathie nationale et nées sur les lèvres des poètes populaires, ont représenté Gondebaud comme le meurtrier de son frère Chilpéric, dont il aurait encore fait périr la veuve et les fils, en même temps qu'il reléguait ses filles à Genève. L'histoire donne un éclatant démenti à ces traditions, si anciennes qu'elles soient. Chilpéric n'eut pas de fils, et ses filles ne furent pas reléguées en exil. Sa veuve Carétène, on vient de le voir, mourut dans une heureuse vieillesse en 506. Loin d'être le meurtrier de son frère, Gondebaud l'avait regretté sincèrement, et saint Avitus, le grand évêque de Vienne, atteste lui-même la piété fraternelle de ce prince hérétique mais digne de sympathie[434]. Ses relations avec son frère Godegisil paraissent avoir été satisfaisantes aussi; plus tard, il est vrai, elles furent troublées; mais ce fut Godegisil et non lui qui ouvrit la guerre fratricide, et l'on peut croire que c'est la jalousie qui en fut le principal mobile.
[434] Flebatis quondam pietate ineffabili funera germanorum. S. Avitus, Epistolæ ad Gundobadum, 5.
Gondebaud, en effet, avait sur son frère une supériorité qui n'était pas seulement due à l'aînesse. Longtemps avant que les événements eussent fait de lui le seul souverain de tous les Burgondes, il semble avoir déjà tenu cette place dans l'estime de ses voisins[435].
[435] Cf. Ennodius, Vita sancti Epiphanii.