[182] Comte Marcellin, Chronicon, a. 508, dans M. G. H., Auctores antiquissimi, t. XI, p. 97; Cassiodore, Variarum, I, 16, et II, 36.
[183] Comte Marcellin, l. c.
Voilà pourquoi Théodoric n'était pas apparu plus tôt sur le théâtre où se décidaient les destinées de la Gaule, et telle est l'explication d'une attitude qui a été une énigme pour les historiens[184]. Il faut dire plus. Au moment où s'ébranlaient les forces qui allaient au secours de la Provence, le sol de l'Italie n'était peut-être pas encore tout à fait évacué par les troupes byzantines. De toute manière, il était indispensable de rester l'arme au bras, et de protéger les rivages méridionaux contre un retour offensif de leur part. Le roi d'Italie fut donc obligé de diviser ses forces pendant l'été de 508, et n'en put opposer qu'une partie à l'armée réunie des Francs et des Burgondes. Cela suffisait, à vrai dire, pour mettre provisoirement en sûreté les villes qui n'avaient pas encore reçu leur visite, et pour relever le moral de la population indigène: ce n'était pas assez pour un engagement définitif avec les alliés.
[184] Par exemple pour Binding, Das Burgundisch-Romanische Kœnigreich p. 202. Cependant la vérité avait déjà été entrevue par Vic et Vaissette, Histoire générale du Languedoc, t. I, p. 248; de nos jours elle l'a été par Pétigny, II, p. 526, par Gasquet, l'Empire byzantin et la monarchie franque, p. 133, par Dahn, Die Kœnige der Germanen, t. V, p. 113, et enfin, depuis la publication de ce livre, par Malnory, Saint Césaire, p. 92, par Hartmann Das Italienische Kœnigreich, Leipzig 1897, p. 160, par Arnold, Cæsarius von Arelate, p. 245, et par W. Schultze Das Merovingische Frankenreich, p. 74.
Du moins, le cours des événements militaires pendant l'année 508 justifie ces conjectures. Débouchant en Gaule le long de la Corniche, les Ostrogoths prirent possession, sans coup férir, de tout le pays situé au sud de la Durance. Ce qui restait de Visigoths dans ces régions les accueillit sans doute à bras ouverts, et la population elle-même les salua comme des libérateurs. Marseille surtout leur fit un accueil chaleureux[185], et il fut facile aux officiers de Théodoric de substituer partout le gouvernement de leur maître aux débris d'un régime écroulé. Rattachés à l'Italie, les Provençaux croyaient redevenir, d'une manière effective, les citoyens de l'Empire romain; Théodoric était pour eux le lieutenant de l'empereur, et la douceur de son gouvernement les rassurait contre les persécutions religieuses qu'ils avaient eu à subir sous Euric.
[185] Cassiodore, Variarum, III, 34.
Au surplus, Théodoric ne perdit pas un instant pour donner à sa prise de possession de la Provence le caractère d'une mesure définitive et irrévocable. Le pays était à peine sous ses ordres, qu'il y envoyait Gemellus pour le gouverner en qualité de vicaire des Gaules[186]; titre très pompeux, si l'on réfléchit à l'exiguïté du pays sur lequel s'étendait l'autorité du vicaire, significatif toutefois et même plein de menaces pour les alliés, parce qu'il remettait en question et contestait d'une manière implicite la légitimité de toutes leurs conquêtes au nord des Alpes.
[186] Cassiodore, Variarum, III, 16 et 17.
Comme le siège d'Arles durait toujours, il parut essentiel, si on ne pouvait le faire lever cette année, d'encourager au moins les assiégés, en leur faisant passer quelques ravitaillements qui leur permettraient d'attendre un secours plus efficace. L'entreprise réussit pleinement. Culbutant les Francs et les Burgondes qui occupaient la rive gauche, avant qu'on eût pu venir à leur secours de la rive droite, les Ostrogoths entrèrent dans la ville avec un convoi de vivres qui y ramena l'abondance et la joie. Cet épisode éclaira les alliés sur le danger qui les menaçait pour l'année suivante, si auparavant ils ne parvenaient pas à fermer l'accès d'Arles aux armées italiennes. Ils firent donc les plus grands efforts pour s'emparer du pont de bateaux qui reliait les deux rives. Leurs dromons l'assaillirent de tous les côtés à la fois, mais les assiégés opposèrent une résistance vigoureuse: à leur tête était le chef des troupes ostrogothiques, Tulwin, héros apparenté à la famille des Amales, qui fit des prodiges de valeur, et qui fut grièvement blessé dans cette rencontre[187]. Le pont, disputé avec acharnement, resta aux assiégés. Arles put tenir l'hiver encore: le printemps allait lui apporter la délivrance.
[187] Id., ibid., VIII, 10. Sur ce personnage, voir encore le même recueil, VIII, 9; Mommsen, préface de l'édition de Cassiodore, p. 37; le même, Ostgothische Studien, dans le Neues Archiv., t. XIV, pp. 506 et 515.