[297] Sur saint Léonard, voir ci-dessus p. 167.
[298] Le texte du prétendu diplôme de Clovis pour le Dorat est publié par Aubugeois de la Ville du Bort, Histoire du Dorat, Paris 1880 (d'après Leymarie Histoire de la bourgeoisie, t. II, p. 345); il est contenu dans un vidimus du 5 février 1495, délivré par le gardien du sceau du bailliage de Limousin au chantre de l'église du Dorat, syndic du chapitre. D'après ce vidimus, le document était transcrit dans un vieux livre écrit sur parchemin, richement relié et renfermant les évangiles. M. Alfred Leroux, Additions et rectifications à l'Histoire du Dorat de M. Aubugeois de la Ville de Bort (Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. 29, 1881, p. 139), ne voit dans ce texte qu'un fragment de chronique, postérieur peut-être de six siècles (de l'avis même de M. l'abbé Rougerie) au fait dont il s'agit. M. l'abbé Rougerie, Vies de saint Israël et de saint Théobald, Le Dorat, 1871, se donne des peines stériles pour défendre la tradition locale étayée de si faibles appuis.
Saint-Mesmin de Mici invoque à la fois un diplôme de Clovis et une Vie de ses saints fondateurs. Il est vrai que le diplôme n'est pas authentique, et que la Vie ne paraît pas contemporaine; mais toutes les objections qu'on peut soulever contre certaines de leurs parties laissent debout la tradition ancienne qu'ils ont mise par écrit. Clovis, nous dit-elle, désirait faire quelque chose pour le saint prêtre Euspice, qui avait refusé l'évêché de Verdun. L'ayant emmené sur les bords de la Loire avec son neveu saint Mesmin, et connaissant son goût pour la vie monastique, il lui proposa de chercher dans ce pays un endroit qui serait à sa convenance, et lui promit de lui en faire donation. Aidé de Mesmin, Euspice se mit en quête, et arrêta finalement son choix sur une presqu'île formée par le confluent de la Loire et du Loiret, en aval d'Orléans. La biographie des deux saints vante le charme de ces lieux, où la beauté du site, la fertilité du sol et la profondeur de la solitude se réunissaient pour en faire le séjour idéal d'une congrégation monastique. La presqu'île n'était pas grande, mais elle produisait en abondance le blé et le vin; des bosquets pleins d'oiseaux diversifiaient le paysage, fermé d'un côté par la majesté sévère des grands bois, largement ouvert de l'autre par la Loire, sur laquelle apparaissaient fréquemment des vaisseaux marins qui, remontant le fleuve, apportaient dans l'intérieur de la Gaule les marchandises les plus variées de l'étranger.
C'est là qu'Euspice, avec l'assentiment du roi et grâce à ses libéralités, inaugura la florissante abbaye de Saint-Mesmin. Sentant sa fin approcher, le vieillard voulut que l'acte de donation fût passé au nom de son neveu comme au sien, ce qui fut fait. Dans sa rédaction la plus concise, et qui a été admise comme authentique par la plupart des historiens, l'acte comprenait la concession du fisc royal de Mici, plus une chênaie, une saussaie et deux moulins. En outre, le roi recommandait les deux solitaires à la bienveillance de l'évêque d'Orléans Eusebius, et mettait leur monastère sous sa protection. Telle fut, au dire de la tradition, l'origine de l'abbaye de Saint-Mesmin de Mici[299].
[299] Voir les deux vies de saint Mesmin de Mici, dont la première, selon Mabillon, serait du septième siècle, et dont la seconde est dédiée à Jonas d'Orléans, qui vécut au neuvième (Mabillon, Acta Sanct. O. S. B., I, pp. 562 et suivantes).—Pour le diplôme, outre les auteurs cités par Pardessus (Diplomata, I, pp. 57 et 58), et par Pertz (Diplomata, pp. 3 et 120), il faut lire Vergnaud-Romagnesi, Mémoire sur l'ancienne abbaye de Saint-Mesmin-de-Mici, Orléans, 1842, et surtout un mémoire qui se trouve dans les Factums de la Bibliothèque nationale (Recueil Thoisy, 384), et qui est intitulé: Factum pour maître Lie Chassinat contre les religieux Feuillants de l'abbaye de Saint-Mesmin, appelans d'une sentence du 8 juillet 1659, rendue par le bailli d'Orléans, avec un appendice portant en tête: Advertissement servant à l'examen des titres et chartulaires de l'abbaye de Saint-Mesmin, et pour en justifier les faussetés. Cf. Mabillon, Annales O. S. B., t. I, p. 33.
Les autres monastères qui revendiquent Clovis pour fondateur sont loin d'exhiber des titres aussi sérieux que ceux de Mici. Ceux de Saint-Michel de Tonnerre[300] et de Molosme[301], dans le voisinage de cette ville, ainsi que ceux de Saint-Pierre de Flavigny[302] sont inconnus, et pour cette raison ils échappent également à la controverse et à l'attention de l'historien. Ceux de Saint-Pierre-le-Vif de Sens doivent être résolument écartés, malgré les déclarations explicites des deux diplômes de fondation de cette abbaye. A en croire l'une de ces pièces apocryphes, attribuée à Clovis, ce roi aurait fait don à sa fille Théodechilde, qui avait consacré sa virginité au Christ, d'un domaine considérable situé en Bourgogne, et provenant, au dire du diplôme, de la dot de Clotilde. Mais Théodechilde était la fille de Thierry Ier et non de Clovis, et toutes les assertions du diplôme croulent par la base devant cette simple rectification, unanimement admise aujourd'hui[303].
[300] Mabillon, Annales O. S. B., t. I, p. 50.
[301] Idem, ibid., I, p. 49.
[302] Le P. Grignard, qui s'en est occupé en dernier lieu, écrit: «Quad multa? Opinio quæ tenet Flaviniacensem abbatiam regnante Clodoveo primo fuisse fundatam, dubia ne dicam commenticia videtur.» Wissenschaftliche Studien und Mittheilungen aus dem Benediktinerorden, 2e année, t. I, (1881), p. 253.
[303] La confusion est ancienne; on la trouve déjà au onzième siècle dans Odorannus de Sens, et au douzième siècle dans Clarius. A. de Valois, t. I. p. 326, et Mabillon Annales, O. S. B., t. I, pp. 47-48, en ont fait justice, mais cela n'a pas empêché l'abbé Chabeau, Sainte Théodechilde vierge, Aurillac, 1883, et l'abbé Bouvier, Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif (Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, t. XLV, 1891), de soutenir le point de vue d'Odorannus. Récemment, M. Maurice Prou a repris l'examen de la question dans un travail qu'on peut considérer comme définitif, et qui est intitulé: Études sur les chartes de fondation de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif. Le diplôme de Clovis et la charte de Théodechilde, Sens, 1894.