IV. Vie de saint Maixent.—Grégoire de Tours a connu aussi la biographie de saint Maixent, abbé d'un monastère dans le Poitou. Il dit au sujet de ce saint: Multasque et alias virtutes operatus est, quas si quis diligenter inquiret, librum vitæ illius legens cuncta repperiet. (Hist. Franc., II, 37.) Le texte primitif de cette vie a disparu, mais il en reste deux recensions, dont la première, qui paraît la plus ancienne, a été publiée par Mabillon (Acta Sanctorum O. S. B., t. I), et la seconde par les Bollandistes (Acta Sanctorum 26 juin, t. V). Toutes les deux ont amplifié dans un sens légendaire l'épisode emprunté à cette vie par Grégoire de Tours lui-même, et mettent en scène Clovis d'une manière moins vraisemblable que dramatique.
V. Traditions orales.—Les souvenirs conservés par la bouche des contemporains ont été transmis de différentes manières à Grégoire de Tours. Quelques-uns ont été trouvés par lui dans sa famille ou dans son entourage clermontois; de ce nombre est, sans contredit, la mention de la part prise par les Clermontois à la bataille de Vouillé, et du nom de leur chef Apollinaire (Maximus ibi tunc Arvernorum populus, qui cum Apollinare venerat, et primi qui erant ex senatoribus corruerunt (Hist. Franc., II, 37). Il en a emprunté d'autres aux souvenirs du clergé de Tours, comme les preuves de respect données par Clovis à saint Martin dans la guerre d'Aquitaine (Hist. Franc., II, 37), ou les détails de l'inauguration consulaire de Clovis à Tours (Ibid., II, 38); à ceux du clergé de Poitiers, comme l'épisode du signe de feu donné par saint Hilaire à Clovis, raconté aussi par son ami Fortunat, évêque de cette ville (Liber de Virtutibus sancti Hilarii, VII, 20, dans M. G. H. Auct. antiquiss., IV); à ceux du clergé d'Angoulême (Hist. Franc., II, 37: chute des murs de cette ville).
Parmi ces traditions orales, il en est plusieurs qui portent les traces de l'élaboration considérable que leur a fait subir l'imagination populaire. L'histoire du siège d'Avignon est de ce nombre: c'est de la légende et non de l'histoire. Plus d'une fois, la légende a été l'objet de chants populaires, et est devenue l'occasion d'un petit poème épique: de ce nombre semble avoir été l'histoire du mariage de Clovis (Hist. Franc., II, 28), y compris celle des malheurs de Clotilde et de la vengeance qu'elle en tira par la suite (Ibid., III, 6), et celle de la manière dont Clovis se débarrassa des autres rois francs (Ibid., II, 40-42.)
Pour les preuves de ce travail de dépouillement des sources de Grégoire de Tours, je renvoie à mon étude intitulée: les Sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, parue à la fois dans la Revue des questions historiques, t. XLIV (1888), et dans le tome II du Congrès scientifique international des catholiques, tenu à Paris du 8 au 13 avril 1888 (Paris, 1889), ainsi qu'à mon Histoire poétique des Mérovingiens (Paris-Bruxelles, 1893).
Pour la connaissance plus approfondie de Grégoire de Tours, lire: G. Monod, Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, 1re partie. Paris 1872 (8e fascicule de la Bibliothèque de l'école des hautes études), et Arndt-Krusch, M. G. H., Scriptores Rerum Merovingicarum, t. I; Hanovre, 1884, (préface de la 1re et de la 2e partie de ce tome).
CHRONIQUE DITE DE FRÉDÉGAIRE
(Éd. Ruinart, à la suite de son Grégoire de Tours, Paris, 1699; Monod, dans la Bibliothèque de l'école des hautes études, fascicule 63, Paris, 1885; Krusch, M. G. H., Scriptores Rerum Merovingicarum, t. II, Hanovre, 1888)
La compilation historique que depuis Scaliger (1598) il est convenu, on ne sait pourquoi, de mettre sous le nom de Frédégaire, est l'œuvre de trois auteurs différents. La magistrale démonstration de cette vérité est due à Krusch, dans Die Chronicæ des sogenannten Fredegar (Neues Archiv der Gesellschaft für aeltere deutsche Geschichtskunde, t. VII, 1882), dont la substance a passé dans la préface de l'édition de Frédégaire par le même savant. Selon Krusch, le premier de ces trois auteurs est un Burgonde qui, vers 613, a fait un résumé du Liber generationis de saint Hippolyte, de la chronique de saint Jérôme et de celle d'Idacius; il y a ajouté la légende sur l'origine troyenne des Francs, et quelques menus faits empruntés à des Annales burgondes.
Le deuxième est un Burgonde d'outre-Jura qui, vers 642, a ajouté à cette compilation un résumé des six premiers livres de l'Historia Francorum de Grégoire de Tours, sous le nom d'Epitome, et l'a fait suivre d'une continuation originale allant jusqu'à 642. C'est lui qui nous intéresse, tant à cause du résumé en question que des additions qu'il y a faites.
Le troisième enfin est un Austrasien dévoué à la famille carolingienne, qui, vers 658, a ajouté quelques chapitres, en particulier 84-88, destinés à glorifier ses héros.