À peine a-t-elle commis le crime, que son délire cesse et que sa raison revient.

L'effroi la saisit: «Oh! mon Dieu! mon Dieu! qu'ai-je fait!» et elle se tord les bras.

Elle creuse avec ses mains sanglantes une fosse au bord du marais fangeux:—«Repose en paix, mon pauvre enfant; ici tu es pour toujours à l'abri de la misère et du mépris. Moi je serai la pâture des corbeaux.»

C'est là que se promène la petite flamme sur les bords de l'étang marécageux: sa lumière est faible et triste. C'est là qu'est la place où ne croît aucune herbe, et que n'arrosent ni la pluie ni les rosées; c'est là que le vent rend des sons si lugubres.

Derrière le jardin on a élevé la pierre des Corbeaux[11], et du haut de la roue pend une tête de mort décharnée: c'est la tête de la jeune fille; elle regarde la petite fosse placée à trois palmes de l'étang fangeux.

Toutes les nuits une figure pâle et livide, se glisse au bas de la roue et cherche à éteindre la flamme dans ses mains; mais elle ne peut y parvenir, et elle gémit sur les rives du marais.

LE FRÈRE GRIS ET LA PÈLERINE

Une jeune et belle pèlerine s'approcha de la porte du couvent; elle sonna, et un frère gris, pieds nus, se montra à demi.

—Jésus-Christ soit loué! dit-elle.

-Dans toute l'éternité! répondit-il; et, levant les yeux sur elle, une émotion soudaine le saisit et son coeur battit fortement.