—Respectable frère, n'est-ce pas dans la solitude de ce couvent que se cache l'ami de mon coeur? demanda la pèlerine à demi-voix et avec une touchante modestie.

—Fille de Dieu, à quoi puis-je reconnaître l'ami de ton coeur?

—À son cilice, à sa discipline, à sa ceinture de corde et à son bâton de saule; mais mieux encore à sa taille élancée, à son visage brillant comme une aurore de mai, aux boucles d'or de sa chevelure, à ses yeux d'azur, et à son coeur bon, aimable et fidèle.

—Fille de Dieu, depuis longtemps il est mort et enseveli, un marbre bien lourd le couvre; l'herbe siffle déjà sur sa tombe, car il y a longtemps qu'il est mort et enseveli.

Vois-tu là-bas la fenêtre de sa cellule, entourée de lierre? Là il vécut pleurant les torts de son amie; là il s'éteignit comme une lampe qui manque d'aliment.

Aux sons de l'hymne funèbre, six jeunes filles le portèrent à sa dernière demeure: plus d'une larme suivit le cercueil dans la tombe.

—Oh! malheur! malheur! Il n'est donc plus! Il est mort et enseveli! Oh mon coeur brise-toi! car tu es coupable.

-Ma fille, prends courage, ne pleure pas, mais élève ta prière vers Dieu. En vain le chagrin déchire le coeur, en vain les yeux s'éteignent dans les larmes: cesse donc d'en verser.

—Oh! non, non! respectable frère. Ne blâme pas mes larmes. Il était la joie de mon coeur. Jamais sur la terre il n'y eut un amant si tendre et si fidèle!

Laisse-moi pleurer et gémir nuit et jour, jusqu'à ce que mes yeux s'éteignent dans mes larmes, et que ma langue desséchée bénisse Dieu en disant: tout est fini…