—Ma fille, prends courage et patience, cesse de pleurer et de gémir. Quand la violette est cueillie, aucune rosée, aucune pluie bienfaisante ne peut la réjouir; elle se fane et pour toujours.

Le bonheur s'envole avec la rapidité de l'hirondelle qui fuit sur ses ailes légères: pourquoi donc retenir ainsi le chagrin qui écrase notre coeur sous sa masse de plomb; laisse-le s'éloigner! Ce qui est mort est mort!

—Oh! non, non! respectable frère, ne mets point de bornes à ma douleur. Si je souffrais pour celui que j'aimais tout ce qu'une femme peut souffrir, ce ne serait pas trop!

Je ne le verrai donc plus! malheureuse! jamais! La tombe le couvre, la neige et la pluie y tombent: l'herbe siffle sur lui.

Azur de ses yeux rose de ses joues; douceur ineffable de ses lèvres, où êtes-vous? La tombe a tout dévoré, que le chagrin me dévore à mon tour!

—Ma fille, ne t'afflige pas ainsi. Ignores-tu que l'homme doit être prêt au bonheur comme à la peine, et qu'il est exposé à tout?

Tu es aimable et constante, et pourtant peut-être votre union n'eût pas été heureuse: il était jeune; la jeunesse est changeante comme le temps d'avril.

—Oh! non, non! respectable frère; ne parle pas ainsi. Mon ami était fidèle et franc comme l'or: jamais la fausseté n'altéra sa candeur.

Ah! puisque la tombe l'enchaîne dans ses noirs abîmes, je renonce à ma patrie, j'irai porter au loin le bâton de pèlerinage.

Mais avant, je veux m'agenouiller sur son tombeau, je veux que l'herbe y croisse plus verte, arrosée de mes larmes et rafraîchie de mes soupirs.