—Ma fille, entre d'abord pour te reposer. Entends-tu le vent mugir autour de cette enceinte, et la pluie froide retentir sur les vitraux?
—Oh! non, non! respectable frère, ne me retiens pas; laisse tomber la pluie sur moi, car toute la pluie du ciel ne laverait pas ma faute.
—Ah! ma douce amie, reste et console-toi! Regarde-moi, ne connais-tu donc pas le frère gris? Hélas! c'est moi qui suis ton ami.
Dans la douleur d'un amour sans espoir, je revêtis ce vêtement. Bientôt un serment éternel allait exiler ma vie et mes chagrins dans la solitude.
Mais, Dieu soit béni! l'année du noviciat n'est pas encore expirée! Ma tendre amie, si tu as été sincère et si tu veux me donner ta main, nous partirons ensemble.
Dieu soit loué! Dieu soit béni! Fuyez chagrins et soucis! Salut, bonheur et joie: viens, mon ami, viens sur mon coeur. La mort seule pourra nous séparer.
L'ENLÈVEMENT
«Écuyer, selle mon cheval favori; je veux chercher le repos que je ne puis trouver dans ce château: j'y suis trop à l'étroit pour pouvoir respirer» Ainsi s'écriait le chevalier Charles d'Eichenhorst, le coeur rempli d'un noir pressentiment et agité comme un homme souillé de quelque forfait.
Il s'élance au galop du haut de la montagne; les étincelles jaillissaient sous les pieds de son cheval: il jette un regard dans la plaine, et la suivante de Gertrude se montre à ses yeux. Il frissonne de la tête aux pieds, comme saisi d'un accès de fièvre brûlante.
«Dieu vous garde, noble seigneur, qu'il vous donne la paix et la prospérité! Ma pauvre maîtresse m'envoie vers vous pour la dernière fois, elle est à jamais perdue pour vous. Son père l'a promise au chevalier Plump, de Poméranie; il lui a donné sa parole.