Le cerf épouvanté s'enfuit de nouveau par les plaines et les montagnes; toujours poursuivi, jamais atteint, il gagne une vaste prairie, et pour échapper à la mort, il se mêle à un troupeau de vaches paisibles.

Mais voilà que les chiens arrivent de toutes parts; ils reconnaissent la trace odorante de ses pas et font retentir l'air de leurs aboiements. Le berger, craignant pour son troupeau, se prosterne devant le comte.

«Miséricorde, Seigneur, miséricorde, laissez en paix mon pauvre troupeau! Daignez réfléchir qu'il y a là plus d'une vache qui fait la seule richesse de quelque pauvre veuve. Ne lui enlevez pas tout son bien.»

Le chevalier de droite s'approche encore et renouvelle ses instances; mais celui de gauche, plein d'une joie maligne, excite le chasseur à satisfaire sa passion. Le comte, méprisant les bons avis du premier, suivit les funestes conseils du second.

«Quoi! vil pâtre, tu oses me barrer le passage; je voudrais pouvoir te changer toi-même en boeuf, je te chasserais toi et tes vieilles sorcières jusqu'aux nuages du ciel.

«En avant! en avant! compagnons! sus! sus!» Et les chiens se jettent sur tout ce qui les environne; le berger tombe déchiré de coups, son troupeau est dispersé et mis en pièces.

Au milieu du carnage le cerf échappe encore, mais déjà sa course est ralentie; souillé de sang et d'écume, il s'enfonce dans l'épaisseur de la forêt et se cache au fond d'une chapelle.

Sans repos ni relâche la foule avide se presse sur ses pas, aux aboiements des chiens, aux cris des piqueurs et au son du cor. L'ermite paraît alors à la porte de la chapelle et d'une voix suppliante il s'adresse au comte:

«Abandonne ta poursuite, ne viole pas la maison de Dieu. Les angoisses de ce pauvre animal, les souffrances de tes victimes t'accusent déjà devant le Très-Haut. Pour la dernière fois, écoute un avis salutaire; si tu le méprises ta perte est certaine.»

Le chevalier de droite s'approche de nouveau. Il conjure le comte de céder à ses instances. Mais celui de gauche, avec une joie méchante, l'excite à satisfaire sa passion; et, malgré l'avis du premier, le malheureux se laisse entraîner aux conseils du second.