«Je ne m'effraie pas si aisément, s'écrie-t-il, Quand le cerf s'envolerait au troisième ciel, je voudrais encore l'y poursuivre: que cela convienne ou non à Dieu et à toi, vieux prêtre, je suivrai ma fantaisie.
«En avant! en avant! compagnons!» Et il fait retentir son fouet et son cor. Soudain l'ermite et l'ermitage disparaissent devant lui; derrière lui ont disparu les hommes, les chevaux et la meute. Tout le fracas de la chasse tombe englouti dans un vaste silence.
Le comte jette des regards effrayés autour de lui. Il embouche son cor et ne peut en tirer de son. Il appelle, sa propre voix ne frappe plus son oreille. Le fouet qu'il agite au-dessus de sa tête retombe muet à son côté. Il enfonce ses éperons dans les flancs de son cheval, et ne peut ni reculer ni avancer.
Et cependant l'obscurité s'épaissit toujours de plus en plus, elle devient semblable à la nuit des tombeaux………Un bruit sourd, pareil à la tempête éloignée, se fait entendre. Une voix tonnante lui annonce du haut des airs cette terrible sentence:
«Tyran voué à l'enfer, toi qui n'épargnes ni l'animal, ni l'homme, ni la divinité, écoute son arrêt. Le cri de tes victimes et la voix de tes forfaits t'accusent devant le tribunal où brûle la torche de la vengeance.
«Fuis, monstre! fuis! dés ce moment tu seras poursuivi à jamais par Satan et sa meute infernale. Tu serviras d'exemple aux princes à venir qui, pour satisfaire une passion cruelle, ne ménagent rien sur la terre.»
Au même instant une lueur sombre et blafarde éclaire la forêt. Le comte frissonne, la terreur le glace jusqu'aux os; l'effroi l'environne, un ouragan impétueux l'assaillit avec fracas.
Au milieu de la tempête, une main noire, horrible et gigantesque sort de la terre, s'appuie sur sa tête, se referme, et lui tourne le visage sur le dos.
Autour de lui éclate une flamme bleue, verte et rouge. Une mer de feu l'entoure de ses flots; il distingue dans ses vapeurs tous les suppôts de Satan. La horde infernale s'élance vers lui du fond du vaste abîme.
Il fuit à travers les champs et les bois qui retentissent de ses cris douloureux. Mais la meute furieuse le poursuit sans cesse, le jour dans les profondeurs de la terre, la nuit dans l'espace des airs.