Le page se dérobe aux regards importuns. Retiré dans sa retraite, il ouvre le fruit précieux. O surprise! une tablette y était adroitement cachée. Il lit ces mots:

«O toi, plus aimable que les comtes et les seigneurs! toi dont les sentiments sont plus nobles et plus tendres que ceux des hommes sortis de races antiques.

À l'heure de minuit, abandonne le lit et le sommeil. Rends-toi sous l'arbre qui porte la pomme de l'amour. Le bonheur t'y attend. C'est t'en dire assez.»

Cette nouvelle parut au page si heureuse et si surprenante, qu'il en douta longtemps. Son coeur flottait entre l'ivresse de l'amour et les tourments de l'incertitude.

Mais, à l'heure de minuit, à l'heure où les astres innombrables abaissaient leurs regards silencieux sur la terre, il sort de son lit, il abandonne le sommeil, et se rend au jardin, au lieu désigné.

Il attendait assis sous l'arbre de l'amour; un bruit léger se fait entendre, le gazon est pressé par des pieds délicats; avant que Lenardo se soit retourné, deux bras d'albâtre l'enlacent, et une haleine suave a passé sur son visage.

Il veut parler; des baisers voluptueux ferment ses lèvres, et, sans qu'un mot ait été prononcé, une main caressante l'entraîne.

Blandine le conduit avec précaution et d'un pas timide «Viens, mon ami, viens avec moi: la brise nocturne est glacée. Il n'est ici aucun abri. Viens dans ma chambre discrète.»

À travers les épines, les pierres et les ronces, ils arrivent à une ancienne grotte faiblement éclairée par la pâle lueur d'une lampe; ils traversent un long souterrain.

Princes, seigneurs et gardes, tout dormait. Mais hélas! veillait la noire jalousie. Lenardo! Lenardo! quel sera ton sort avant que le coq ait fait entendre le chant du matin!