Enfin il l'entraîna dans le bosquet sombre et silencieux, embaumé du parfum des pois odorants: son coeur battait avec force, son sein se gonflait, et l'haleine brûlante de la volupté flétrit bientôt son innocence.
Et quand sur la terrasse parfumée, les pois se fanèrent, la pauvre fille sentit un malaise inconnu: ses joues couleur de rose, devinrent pâles comme la neige, et le feu de ses yeux s'éteignit.
Et quand les graines commencèrent à se former, quand la fraise rougit et que la cerise se colora, le sein de Rosette devint oppressé et sa ceinture trop étroite.
Et quand le temps arriva de faucher les prairies, elle sentit les premiers mouvements de l'enfant qu'elle portait.
Et quand le vent du nord vint siffler à travers les chaumes, il lui fut impossible de cacher son état.
Son père, homme sévère et emporté, s'en aperçut, et fit éclater sa colère:—Puisque ta faute a causé ta honte, fuis loin de moi, et songe que le lit nuptial soit prêt en même temps que le berceau de ton enfant.
Et d'une main saisissant une courroie, de l'autre ses longs cheveux, il couvrit de coups et de meurtrissures sa peau blanche et délicate.
Puis il la mit hors de la maison: la nuit était noire et terrible. Le vent secouait des nuages une pluie glacée. Elle se traîna jusqu'au sommet du rocher escarpé, et chercha à tâtons la porte du château pour confier sa peine à son ami.
—Hélas! malheur à moi! tu m'as rendue mère avant d'être épouse: je suis déshonorée et mon corps, déchiré de coups, porte le témoignage de ma douloureuse récompense!
Elle se jette à son cou, et l'inonde de larmes amères:—Oh! répare le mal que tu m'as fait: tu m'as ôté l'honneur, rends-le moi, je t'en conjure.