De l'autre côté de la rivière, et sur le sommet du rocher, on voyait un superbe château, dont les murs brillaient comme l'argent, et les toits comme l'acier aux yeux des paisibles habitants de la vallée.
Là vivait au sein des plaisirs le jeune chevalier de Falkenstein[10]. Le château plaisait à la vue de la jeune fille, mais le chevalier revêtu de l'élégant costume du chasseur, plaisait encore mieux à son coeur.
Il lui adresse une lettre écrite sur un papier orné de filets d'or: sa lettre accompagnait son portrait adroitement caché dans un coeur d'or et de perles, avec une bague en diamant; elle disait:
«Laisse soupirer en vain, ma Rosette, cette foule d'amants qui t'obsède. Quelque chose de mieux t'est réservé. Tu es digne du plus brillant chevalier qui ait jamais possédé terres et serfs.
» J'ai un mot bien doux à te dire, mais il faut que ce soit en secret, et je voudrais obtenir de toi une réponse favorable. À l'heure de minuit, je serai près de toi; alors rassemble ton courage, et chasse la crainte.
» À l'heure de minuit, l'appeau imitera le chant de la caille, dans les blés, derrière le jardin; et la flûte fera entendre les accents harmonieux du rossignol qui appelle sa compagne. Alors, rassemble ton courage et ne me fais pas attendre.»
À l'heure de minuit, il arriva, furtif et silencieux comme le brouillard. Il était enveloppé d'un large manteau, et n'avait pas oublié ses armes. Il s'approcha du jardin avec précaution et fit taire les chiens vigilants en leur jetant du pain.
Alors l'appeau imita le chant de la caille, la flûte fit entendre les accents harmonieux du rossignol qui appelle sa tendre compagne, et Rosette ne se laissa pas attendre.
Il prononça le mot si doux à l'oreille et au coeur. Hélas! une amante a tant de confiance; il mit tant d'art et d'adresse à écarter la résistance que la pudeur lui opposait.
Il promit, par tout ce qui est sacré, d'être toujours fidèle: il invoqua les noms les plus respectables et lui jura qu'elle n'aurait jamais de regrets: elle résistait encore, mais faiblement.