—Ah! et tu menaces encore! cria l'opritchnik en se levant; en voilà d'une autre! je disais bien qu'il fallait se défier de toi! tu n'es pas notre frère; tu es un prince, un de ces boyards qui nous dévorent! Attends, nous allons voir, laisse-moi me débarrasser de ce caftan et prendre mon sabre, nous allons voir!

Ces paroles étaient prononcées d'une voix mal assurée, au milieu du bruit et des conversations; mais quelques-unes d'entre elles arrivèrent jusqu'à Sérébrany et éveillèrent son attention. Morozof ne les entendit pas. Il vit seulement qu'une querelle avait lieu entre ses convives.

—Chers hôtes! dit-il en se levant, il est déjà tard. N'est-il pas temps de se reposer? il y a pour vous tous des lits de plumes et des coussins d'édredon préparés.

Les opritchniks quittèrent la table, remercièrent leur hôte et, après l'avoir salué tour à tour, se retirèrent dans les pièces où leurs lits avaient été disposés.

Sérébrany allait aussi se retirer.

Morozof l'arrêta par la main.

—Prince, lui dit-il à voix basse, attends-moi ici.

Et laissant Sérébrany, Droujina se dirigea vers l'appartement de sa femme.

CHAPITRE XVI
L'ENLÈVEMENT.

Pendant le repas quelque chose d'inaccoutumé avait lieu autour de la maison.