—Ne veut pas! Est-il donc mon maître?

—Grégoire Skouratof ne t'a-t-il pas mis à ses ordres?

—Je lui obéirai, mais je n'obéirai qu'à lui et non à Morozof. J'aiderai le prince à enlever la boyarine, mais ensuite qu'il ne m'en demande pas davantage!

—Fais attention, Khomiak, le prince ne plaisante pas!

—As-tu perdu la tête? dit Khomiak en souriant méchamment. Le prince fait son affaire et moi la mienne. Si je veux m'amuser, qu'est-ce que cela lui fait?

Au moment où cette conversation avait lieu à la porte, Morozof, ayant quitté Sérébrany, entrait dans l'appartement de sa femme.

La boyarine n'était pas encore couchée. Elle avait quitté son kakochnik de perles. Ses tresses épaisses, à demi défaites, tombaient sur ses épaules. Hélène allait se déshabiller, mais, la tête penchée sur son épaule, elle avait oublié ce qu'elle faisait. Ses pensées erraient dans le passé. Elle se rappelait ses premières relations avec Sérébrany, ses espérances, son désespoir, l'offre de Morozof, le serment qu'elle avait fait. Sa mémoire lui représentait vivement comment avant ses fiançailles elle était allée, suivant la coutume des orphelins, sur la tombe de sa mère, comment elle avait placé au pied de la croix une coupe avec des œufs rouges et comment, l'évoquant par la pensée, elle lui avait donné le baiser de Pâques et demandé de bénir son union avec Morozof. Elle croyait alors qu'elle surmonterait son premier sentiment; elle croyait qu'elle serait heureuse avec Morozof; et maintenant… Hélène se rappelait la cérémonie du baiser et son cœur se glaçait.

Le boyard entra inaperçu et s'arrêta sur le seuil. Son visage était austère et triste. Pendant quelque temps il regarda Hélène en silence. Elle était encore si jeune, si inexpérimentée, si inhabile à tromper, que Morozof ressentit une pitié involontaire.

—Hélène! dit-il, pourquoi t'es-tu donc troublée pendant la cérémonie?

Hélène frémit et dirigea vers son mari un regard plein de terreur. Elle aurait voulu tomber à ses pieds et lui dire toute la vérité, mais elle pensait que peut-être il ne soupçonnait pas encore Sérébrany et elle craignait d'attirer sur lui le courroux de son mari.