Les opritchniks entourèrent le prince. La lune éclairait son visage pâle comme la mort, mais le sang ne sortait déjà plus de sa blessure.

—Le sang est véritablement arrêté. Voyez ce vieux coquin! il n'a pas manqué son coup.

—Voilà tes pièces d'or, dit le plus âgé des opritchniks. Seulement ce n'est pas tout. Écoute, vieillard. Nous savons par les traces que le cheval du prince a passé par ici et peut-être la boyarine était-elle encore dessus. Les as-tu vus, parle?

Le meunier écarquilla les yeux comme s'il ne comprenait pas.

—As-tu vu un cheval monté par une boyarine?

Le vieillard était indécis s'il devait parler ou non; mais il fit aussitôt le calcul suivant.

Si Viazemski était bien portant, chercher à lui cacher la boyarine serait très-dangereux et la lui livrer, très-profitable. Viazemski en reviendra-t-il? Dieu le sait. Mais Morozof ne laissera pas un service sans récompense, non plus que ce Sérébrany qui paraît aimer la boyarine pour tout de bon, puisque pour elle il a presque tué le prince. Le meunier fit ce calcul: Viazemski ne me chagrinera pas pour le moment; or, Morozof et Sérébrany me diront, chacun de leur côté, merci quand je leur rendrai la boyarine. Ce calcul mit fin à ses doutes.

—Je n'ai rien vu ni entendu, mes seigneurs, dit-il: et je ne sais ni de quel cheval ni de quelle boyarine vous voulez parler.

—Dis-tu la vérité, vieillard?

—Que je sois maudit! que je sois damné! que le tonnerre m'écrase si je sais quelque chose au sujet de ce cheval et de cette boyarine!