Et Michée releva les yeux sur l'ataman pour découvrir quelle impression ses paroles avaient produite.
Mais Persten, après l'avoir regardé encore plus fixement, partit tout à coup d'un éclat de rire aussi joyeux que formidable.—Eh! mon vieux! Ainsi le meunier t'a dit que, si je ne sauvais pas le prince, j'étais perdu?
—Oui, frère, répondit l'écuyer un peu ahuri—et les bras et les jambes…
—Tu es rusé, mon bonhomme, interrompit Persten, en lui frappant sur l'épaule et continuant à rire, seulement tu m'as pris pour un autre en essayant de m'en faire accroire. Assieds-toi avec nous, ajouta-t-il, en s'approchant de la table.—Sois le bienvenu! voilà une cuillère, soupons, si je puis aider le prince, je n'ai pas besoin de tes contes pour le faire. Mais comment lui venir en aide? N'est-il pas en prison?
—En prison, frère.
—Dans la prison qui donne sur la place à côté de la maison de Maliouta?
—Dans celle-là même, c'est la plus solide.
—Et les clefs, où sont-elles? chez Maliouta?
—Quand nous étions à la Sloboda j'ai vu plusieurs fois Grégoire Skouratof aller interroger des prisonniers; il avait toujours les clefs avec lui. La nuit, il les remet au Tzar qui les cache sous son oreiller.
—Eh! comment veux-tu, dit Persten en jetant sa cuillère sur la table—comment veux-tu sauver ton prince? Avoue-le toi-même, quelle chance y a-t-il?