—Mais quel nom te donner en implorant ton secours, frère Ivan?

—Appelle-moi Vanioukha et qu'il n'en soit plus question.

—Eh bien! frère Vanioukha, je ne sais moi-même que faire. Ne pourrais-tu pas me venir en aide? Deux conseils valent mieux qu'un. C'est à toi seul que le meunier m'envoie: Va, a-t-il dit, va trouver l'ataman, il t'aidera, j'ai déjà reconnu par ma voix que tout lui réussira et qu'il retirera de grands avantages de cette affaire; va trouver l'ataman!

—Moi? Il a dit moi?

—Toi, frère, toi. Va, a-t-il dit, vers l'ataman, salue-le de ma part, dis-lui de faire tout son possible pour sauver le prince. Je vois déjà qu'il réussira et obtiendra une riche récompense. Qu'il délivre le prince! Je n'oublierai pas, a-t-il dit, ce service. Si l'ataman ne sauve pas le prince, rien ne lui réussira désormais; il sèchera comme une plante sans eau et ne se relèvera plus.

—Il a dit cela! répéta Persten en baissant les yeux et paraissant réfléchir,—je sècherai…!

—Oui, frère, tes bras et tes jambes, a-t-il dit, sècheront; et il aura sur la tête de telles horreurs que la pensée seule en est affreuse.

Persten releva la tête et regarda Michée fixement.

—Il n'a pas ajouté autre chose?

—Si, frère, continua Michée, en jetant un coup d'œil de côté sur une énorme écuelle pleine de soupe que les brigands venaient de placer sur la table,—le meunier a ajouté ceci: Dis à l'ataman qu'il te reçoive et nourrisse comme si c'était moi-même. Mais surtout qu'il délivre le prince! Voilà, frère, tout ce que le meunier a dit.