—D'où cette chauve-souris nous est-elle tombée, dit l'un d'eux en le regardant droit dans les yeux.

Pendant ce temps Michée parvenait à se remettre.

Eh! pensa-t-il, les voilà, ce sont les brigands!—Bonsoir, bonnes gens! Quel est celui d'entre vous qui s'appelle Vanioukha Persten?

—C'est l'ataman que tu demandes? Pourquoi n'as-tu pas parlé tout de suite? Si tu avais ouvert la bouche plus tôt, tu n'aurais pas eu de torgnoles.

—Voilà l'ataman! ajouta un autre en indiquant Persten qui entrait en compagnie du vieux Korchoun.

—Ataman! crièrent les brigands,—voilà un homme qui te demande.

Persten jeta un coup d'œil rapide sur Michée et le reconnut immédiatement.

—Ah! c'est toi camarade, dit-il:—Sois le bienvenu! et comment va Son Excellence le prince? Comment s'est-il porté depuis le jour où nous avons si bien frotté les opritchniks de Maliouta? Ils ont eu leur compte à la mare du diable. Le malheur c'est que Maliouta ait réussi à se sauver et que ce bœuf de Mitka ait lâché Khomiak. Ils feront bien de ne pas me retomber dans les mains. Comme le Tzar a dû être content de revoir le Tzarévitch! Je suis sûr qu'il n'a su comment récompenser le prince Nikita.

—Oui! répondit avec un soupir Michée.—Le tzar Ivan Vasiliévitch, que Dieu le garde en santé! a été si content de retrouver son fils qu'il n'a plus pensé à mon maître. Seulement les opritchniks sont plus furieux contre lui que jamais. Il est vrai qu'ils n'ont pas sujet de nous aimer. Une première fois, nous les avons rossés et fouettés d'importance à Medvedevka; plus tard, à la mare du diable, Maliouta a reçu un fameux soufflet et hier, à Moscou, le boyard est encore venu troubler leurs affaires. Mais cette fois-ci, ils sont tombés dessus en masse, ils l'ont terrassé, puis garrotté et transporté à la Sloboda. Ce ne serait peut-être pas grand'chose, mais ce Maliouta, fils de chien, va faire son possible pour venger son soufflet.

—Hem! dit Persten en s'asseyant sur un banc—ainsi le Tzar n'a pas fait pendre Maliouta? Est-ce possible! Allons, c'est lui le maître. Que comptes-tu faire?