—J'ai plus d'un nom, répondit le plus jeune des inconnus. Pour le moment, je m'appelle Vanioukha Persten.

Bientôt les voyageurs atteignirent le moulin. Malgré la nuit, la roue tournait. A un coup de sifflet de Persten, le meunier apparut. On ne pouvait apercevoir sa figure dans l'obscurité, mais, à en juger par sa voix, c'était un vieillard.

—Oh! c'est toi, mon bienfaiteur, dit-il à Persten, je ne t'attendais pas aujourd'hui et surtout en compagnie. Pourquoi ne pourrais-tu pas suivre ta route jusqu'à Moscou? chez moi il n'y a ni avoine, ni pain, ni souper.

Persten dit quelque chose au meunier dans une sorte d'argot incompréhensible, le vieillard répondit dans le même langage et ajouta à demi-voix: Je serais enchanté, mais j'attends un hôte, et quel hôte! il n'y a pas à badiner avec lui.

—Et le magasin à farine?

—Il est encombré de sacs.

—Et la grange? écoute, frère, il faut trouver de la place, de l'avoine pour les chevaux et un souper pour le boyard; nous nous connaissons de vieille date, tu sais qu'il ne faut pas essayer de me tromper.

Le meunier conduisit, en grognant, les voyageurs dans le magasin à farine situé à une dizaine de pas du moulin et où, malgré les sacs, il y avait encore de l'espace.

Pendant qu'il allait prendre de la lumière, Persten et son compagnon prirent congé du boyard.

—Mais dites donc, camarades, demanda Michée, où vous trouver si pour l'affaire d'aujourd'hui on a besoin de votre témoignage?