—Oui, répondit Mitka qui s'assit sur son banc et se mit à lacer ses sandales.
—Allons, j'aime cette réponse: Va où l'on te conduit sans faire de réflexions. On te fendra la tête, ce n'est pas ton affaire, c'est à nous d'y songer. Mais si une fois engagé tu recules, je t'appellerai une écrevisse.
—Tu m'appelleras une écrevisse.
Les brigands commencèrent à s'habiller.
CHAPITRE XX
LES JOYEUX COMPÈRES.
Dans un cachot profond et sombre, aux parois humides et couvertes de moisissures, le prince Nikita Romanovitch, les pieds et les mains enchaînés, attendait la mort. Il ne savait plus au juste combien de temps s'était écoulé depuis son arrestation, car le jour ne pénétrait pas dans son cachot; mais de temps en temps le son lointain des cloches, arrivant à son oreille, lui faisait supposer qu'il était en prison depuis trois jours. Le pain qu'on lui avait jeté était mangé depuis longtemps, sa cruche d'eau était vide, la faim et la soif commençaient à le tourmenter, lorsqu'un bruit inaccoutumé attira son attention. On tirait des verrous au-dessus de sa tête. La première porte de la prison, celle de l'extérieur, roula sur ses gonds. Le bruit s'approcha; un autre verrou fut tiré et la seconde porte grinça. Enfin on ouvrit la troisième porte et des pas retentirent dans l'escalier qui descendait au cachot; à travers les fentes de la dernière porte apparut une lueur, une clef tourna en gémissant, on enleva une barre de fer, les gonds rouillés résonnèrent et une lumière éblouissante aveugla soudain Sérébrany.
Lorsqu'il retira ses mains dont il s'était involontairement couvert les yeux, Maliouta Skouratof et Boris Godounof étaient devant lui et le bourreau qui les accompagnait élevait une torche de résine au-dessus de leurs têtes.
Maliouta, les bras croisés, regardait en souriant le visage de Sérébrany; les pupilles de ses yeux semblaient se contracter puis s'agrandir.
—Salut, prince! fit-il d'un son de voix tel que Sérébrany n'en avait jamais entendu de pareil, d'une voix hideusement sensuelle et affreusement douce rappelant le miaulement sanguinaire du chat, lorsqu'il s'approche de la souricière où est emprisonnée sa victime.
Involontairement, Sérébrany frissonna, mais la vue de Godounof le rassura.