—Boris, dit-il en se détournant de Maliouta, merci d'être venu me voir. Maintenant, il me sera plus facile de mourir.
Et il lui tendit sa main enchaînée. Mais Godounof fit un pas en arrière et son visage glacé n'exprima aucune sympathie pour le prince.
La main de Sérébrany retomba sur ses genoux en faisant résonner la chaîne qui la retenait.
—Je ne pensais pas, Boris Godounof, dit-il d'un ton de reproche, que tu m'avais renié. Es-tu venu seulement pour assister à mon supplice?
—Je suis venu avec Skouratof, répondit froidement Godounof, pour assister à ton interrogatoire, je ne sais ce que tu veux dire par renier; je n'ai jamais eu rien de commun avec toi; seulement, en devinant la clémence du Tzar, j'ai retardé un moment le supplice que tu avais encouru.
Le cœur de Sérébrany se serra et ce changement de Boris lui parut plus lourd à supporter que la mort même.
—Le temps de la clémence est passé, continua Godounof d'un ton glacial, te souviens-tu du serment que tu avais fait au Tzar? Soumets-toi maintenant à sa sainte volonté et, si tu nous avoues tout sans détours, tu éviteras les tortures et recevras une mort prompte: commençons l'interrogatoire, Grégoire Skouratof.
—Attends, attends un peu! répondit Maliouta en souriant. J'ai des comptes particuliers à régler avec Son Excellence. Raccourcis ses chaînes, Thomas, dit-il au bourreau.
Le bourreau, après avoir placé la torche dans un anneau de fer, ramena les mains de Sérébrany jusqu'au mur, afin qu'il ne pût pas les mouvoir.
Alors Maliouta se rapprocha de lui et le regarda longtemps toujours avec le même sourire.